‹ Histoire de l'Église réformée de MontpellierChapitre 69 sur 253 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

à Montpellier que le 1er janvier 1622. On y était, ainsi que dans les autres parties de son commandement , très-fatigué du despotisme du cercle, qu'on accusait d'avoir dissipé les finances. On voulait absolument qu'il rendît compte et qu'il remît ses pouvoirs entre les mains du général. Le cercle soutenait qu'il tenait ses pouvoirs de l'assemblée générale, et qu'il ne devait rendre compte qu'à elle. Pour sortir de cette difficulté, le duc de Rohan fit décider, et non sans beaucoup de peine, par une assemblée réunie cà Sommières et composée des députés des Cévennes et du Languedoc, qu'on approuvait la gestion du cercle, qu'on prenait tous ses députés en protection ; qu'il ne se ferait aucune paix qu'on ne les eût mis à couvert; qu'ils cesseraient d'agir en corps jusqu'à ce que l'assemblée générale , vers laquelle chacune des parties enverrait ses raisons, en aurait ordonné; et que nonobstant, les députés du cercle entreraient au conseil du duc de Rohan.

Cette transaction était incontestablement la mort du cercle ; mais avant de rendre le dernier soupir, il prolongea quelque temps son agonisante vie. L'agitation continuait dans la ville, et l'influence d'Améric n'était point diminuée.

Ce fut alors qu'arriva le meurtre du président Ducros. Il était envoyé par Lesdiguières \ nouvellement

1 L'histoire du sieur d'Aubigné nous fournit sur Lesdiguières l'anecdote suivante, dont il nous semble que nous ne devons pas priver nos lecteurs. D'Aubigné, ayant rencontré le connétable dans je ne sais quelle antichambre, et se trouvant attiré et en-

converti au catholicisme, vers le prince de Rohan. Mille bruits se répandirent aussitôt; le mot trahison fut prononcé, et, sous prétexte de lui faire visite, une bande s'introduisit chez lui et le frappa de plusieurs coups, en lui disant : « Eh bien ! Monsieur le traître, vous êtes donc venu pour débaucher M. le Duc , de la part de ce beau Lesdiguières, à qui il ne tient pas que nous soyons tous pendus. » Et quoique le président fût de la religion protestante, il tomba sans vie sous le poignard de ces assassins.

Tous les honnêtes gens, et M. de Rohan le premier, voulurent qu'il fût fait de ce crime bonne et prompte justice. On ne négligea rien pour découvrir les coupables; dix ou douze furent saisis, et deux jours après le meurtre, le 14 février, un était pendu au coin de la maison ou il avait été commis ; deux avaient le même

courage par l'affabilité qu'il lui témoignait, poussa la liberté jusqu'à lui adresser cette question : D'où vient qu'au temps où vous commandiez les armées protestantes, la victoire était plus constante à vos drapeaux qu'elle ne l'a été depuis ? Le connétable répondit : Alors, j'avais affaire à des gens prêts à mourir pour leur cause, il ne me fallait que des brides pour retenir; maintenant il me faut des éperons pour stimuler.

C'est absolument la même considération que nous retrouvons dans un autre passage du même historien. D'Aubigné, ayant à rendre compte de la bataille d'Arqués, et ne voulant rien dire de désobligeant pour Mayenne, qui s'était laissé battre par des troupes très-inférieures en nombre , le fit prier de lui indiquer une explication de ce désavantage. Celui-ci finit par lui répondre : « Dites que c'est par la vertu de la vieille phalange huguenote, et de gens qui, de père en fils, sont apprivoisés à la mort. »

Page 1