CHAPITRE XIII
sort le lendemain devant l'Hôtel de Ville , et les autres étaient condamnés aux galères ou au bannissement. Le ministre Suffrein n'était pas auteur du meurtre, mais il fut soupçonné d'en être l'instigateur !.
Pendant que Montmorency et Rohan tenaient la campagne aux environs de Montpellier , le roi , venant des îles de Rhé, s'avançait vers le Languedoc, et ce fut à Béziers qu'il forma la résolution définitive de faire le siège de Montpellier. Louis XIII arriva à Villeneuvelès-Maguelone , se rendit à Mauguio le 13 , à Lunel le 1 5, à Sommières le 1 7, et en repartit le jour môme pour Lunel.
Pendant que le monarque rôdait ainsi aux environs de Montpellier, comme autour d'une proie qu'il se proposait de saisir bientôt, les habitants se préparaient à se défendre jusqu'à la dernière extrémité. Améric lit dresser deux potences, l'une devant l'Hôtel de Ville, et l'autre au Palais, avec cet écriteau : Ici seront pendus les porteurs de mauvaises nouvelles et les esearlambals. Faisant allusion à la passion bien connue du souverain pour la chasse, il ne l'appelait que Louiset le Chasseur. Améric surveilla fort attentivement les intelligences que le roi avait dans la place. Fonbon, dont nous avons parlé, faisait de fréquents voyages auprès du roi ; il fut saisi et mis en prison.
1 Suffrein, ministre, qu'on accusait d'avoir eu part à cette mort , aima mieux en demeurer soupçonne , que de s'exposer aux événements d'un procès criminel ; il se retira de la ville. (Benoît, tom. II, pag. 398.)
Lesdiguières et Rohan débattaient ensemble les conditions d'une paix dont le roi avait exprimé le désir. Ce projet aurait peut-être abouti, si le prince de Coudé n'avait efîrayé les habitants de Montpellier par ses menaces. 11 se vantait, à tout propos, que si le roi entraitdans Montpellier, il ferait pilier la ville, quelque soin qu'on pût prendre pour l'empêcher. La défiance causée par cette menace porta les habitants à faire une condition qui fut considérée comme injurieuse pour le souverain : ils dirent qu'ils ne prêteraient l'oreille à des propositions de paix, que si le roi et ses troupes s'éloignaient à dix lieues de la ville.
Un conseil de guerre fut tenu à LaVérune, en présence du roi. Des avis différents s'y produisirent: le duc de Bouillon parla pour la paix , Bassompierre pour la guerre, et le roi leva la séance par cette parole qu'il adressa au duc de Bouillon : «Retournez à Montpellier, et dites à ceux de la ville que je donne bien des capitulations à mes sujets, mais que je n'en reçois pas d'eux.» Un homme de paix, ou qui aurait dû l'être, l'évêque Fenouillet, ne contribua pas peu à cette déclaration de guerre, par sa harangue belliqueuse. 11 y disait : «Sire ! éclatant de gloire et de majesté , allez vous asseoir dedans le trône de votre justice, pour la faire sentir aux rebelles, mais en lion, mais avec le feu du zèle que vous avez pour la cause de Dieu, et les ardeurs royales d'une sainte vengeance. »
Il n'entre pas dans notre plan de faire ici une narration détaillée des événements du siège de Montpellier;