CHAPITRE II
Octobre 1561.
Les catholiques se retirent à Saint-Pierre et s'y fortifient. — Les protestants s'arment. — L'évèque quitte la ville. — Saint-Pierre va succomber. — Intervention pacifique. — Un accord a lieu. — Un coup de pistolet fait couler bien du sang-. — Qui l'a tiré? — Saint-Pierre est pris et la messe finit à Montpellier. — Un ministre prêche à Saint- Firmin.
Le chapitre précédent nous a montré le culte réformé passant d'une cave dans une maison privée , d'une maison privée dans une salle consacrée à l'enseignement , et quittant ensuite cette salle pour s'installer dans un édifice tout à fait public , et, qui plus est, dans une église antérieurement consacrée au culte catholique. Il y a là une marche ascendante de progrès et de publicité. Le présent chapitre va nous le montrer arrivant à la domination par la double voie de la persuasion et de la force. Il eût été désirable que le premier moyen fût seul employé. L'historien n'est pas un romancier, il n'imagine pas les faits, il ne doit que les raconter.
La prise de possession de l'église Notre-Dame par les protestants avait produit une émotion profonde parmi les catholiques , ou tout au moins parmi les ecclésiastiques, qui se retirèrent au château de Saint- Pierre , leur église cathédrale. Ils en firent une véri-
table forteresse. Guillaume, comte de Joyeuse, y entra avec des troupes, du canon et des munitions. Les tours des Carmes et du Peyrou , qui avaient été livrées aux catholiques parle dernier consul, Jean de Valiez, furent aussi fortifiées. En présence de ces préparatifs, les protestants s'armèrent égalementet montèrent la garde pendant la nuit. C'est alors qu'apparurent ces bâtons triangulaires dont on se servit trop souvent pour battre les ecclésiastiques. Ils ont acquis une triste célébrité sous le nom ù'espoussettes de Montpellier. « Les fidèles irrités , dit le manuscrit cité par d'Aigrefeuille, prévoyant que du lieu de Saint-Pierre leur pouvait être fait dommage , commencèrent à s'armer de leur part et faire la nuit guet en armes ; aucuns d'eux de basse condition prirent telle audace, qu'ils allaient dans la ville avec armes et gros bâtons , frappant d'iceux les prêtres et les religieux tant qu'ils en trouvaient ; et ils nommèrent ces bâtons espoussettes. »
La populace était lancée. L'évêque, le gouverneur et le juge-mage quittèrent la ville, où ils auraient dû s'efforcer de ramener l'ordre et de faire respecter leur autorité.
Nous n'essaierons pas ici de débrouiller la question confuse de savoir de quel côté vinrent les bons et les mauvais procédés ; qui fit des propositions de paix et qui les repoussa. Les mémoires à cet égard sont assez contradictoires pour que de part et d'autre on puisse s'attribuer l'avantage des bons procédés. Ce qu'il y a de certain, c'est que la lutte fut vivement engagée.