‹ Histoire de l'Église réformée de MontpellierChapitre 8 sur 253 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Dans la nuit du 19 au 20 octobre 1 561 , la tour dite des Carmes et celle du Colombier, située près la porte du Peyrou, étaient tombées au pouvoir des protestants qui les avaient conquises sur les catholiques. Des batteries avaient aussi été établies par eux sur l'église Sainle-Croix , située à laCanourgue, et sur les murailles de la ville du côté des Carmes. De ces positions bien choisies les feux se croisaient contre les créneaux du fort Saint-Pierre, qui ripostait vigoureusement. Toutes les cloches de l'église étaient mises en branle pour appeler du secours, mais personne ne venait. La position des catholiques n'était plus tenable ; déjà la grande porte du cloître du côté de la rue des Carmes était en feu , les calvinistes s'étaient emparés des maisons du prévôt et de l'archidiacre, et entraient dans la grande salle du fort, après une perte de cinq hommes tués et un grand nombre de blessés. Dans cette extrémité, un accord entre les deux partis fut négocié par les soins de Jacques de Montagne , avocat général de la Cour des aides , le général des finances François de Chef-de-Bien, Pelet, seigneur de la Vérune, et d'autres personnages honorables de l'une et l'autre religion. Par cet accord, la garnison devait sortir delà ville, et les chanoines avaient la liberté de continuer leur service dans l'église, mais sans armes.

Cette sage négociation, qui semblait devoir ramener la paix dans la ville, ne fut suivie d'aucun effet. Un coup de pistolet, tiré volontairement ou par mégarde , fit croire et criera la trahison. D'Aigrefeuillene nomme

ni celui qui lâcha le coup ni celui qui le reçut. Il ne vi.it dans toute la transaction précédente qu un moyen île désarmer l'ennemi pour en avoir meilleur marché. Bèze est a la fois plus calme et mieux instruit : il dit que le coup partit de la main d'un chanoine, et que Pierre Chai Ion tomba sans vie. Le manuscrit analysé par Aubaïs s'exprime ainsi : Un soldat lâcha mal à propos un pistolet à feu et occit un des habitants du nombre des protestants. On se fait facilement une idée de ce qui dut se passer. Les passions apaisées se ranimèrent, les troupes de la garnison qui se retiraient rétrogradèrent aussitôt, le peuple se jeta sur les catholiques et entra dans le fort Saint-Pierre; les meubles volèrent en éclats, quarante personnes furent tuées, en six ou sept heures l'église fut mise dans l'état du monde le plus déplorable. La sacristie, dont les joyaux valaient plus de 40,000 livres , fut préservée, mais non sans beaucoup de peine.

V Histoire du Lanyucdoc, écrite par Dom Yaissetle, rapporte les circonstances de cette capitulation d'après le président Montagne, écrivain catholique, témoin oculaire. Il dit que les ecclésiastiques qui se trouvaient dans Saint-Pierre consentirent à l'accord, mais que les soldats catholiques de la garnison refusèrent d'y acquiescer; et dans le temps que l'on délibérait sur les moyens de les y engager, ils tirèrent deux coups d*arquebuse, dont deux calvinistes furent blessés; ce qui irrita tellement les protestants, qu'ils entrèrent dans le fort par les fenêtres de la salle haute. Leur*

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