CHAPITRE XIV
testants. Les héritiers de ce seigneur, se basant sur la lettre même du contrat, sans s'arrêter à son esprit, réclamèrent l'entière propriété, et il leur en fut accordé la moitié par jugement du 27 mars 1G37. Ces trois jardins réunis avaient coûté la somme totale de 4,447 livres M sols.
Les esprits étaient froissés, dans le Languedoc, par un grand nombre d'injustices et par la mauvaise foi que témoignait la rupture d'engagements solennellement contractés. Le duc deRohan, qui avait aussi ses rancunes personnelles au sujet de la manière dont il avait été traité par Valence, se mita la tête des mécontents, dans une assemblée tenue à Anduze. AlaisetUzès firent cause commune avec le duc. Nimes refusa de prendre les armes , et il est permis de penser que la ville de Montpellier ne fut pas sans influence sur cette détermination. Nous savons, en effet, qu'une députation composée de Michel Le Faucheur, pasteur; Clausel, avocat-général à la Cour des comptes ; le consul Gréfeuille et l'avocat Du Clos, fut chargée d'aller à Nimes exhorter les habitants à rester fidèles au service du roi. Cette conduite pacifique, de la part d'un homme comme Le Faucheur, qui jouissait déjà d'une grande réputation , fit concevoir à Richelieu le désir de le gagner, et il crut qu'il pourrait le détacher de la cause protestante, par les faveurs dont il le comblerait. Il lui envoya dix mille livres dans ce but. Le Faucheur fut fort surpris de cette ollrc. Pourquoi m'envoyercet argent? dit-il à celui qui le lui apportait. — Monseigneur le
Cardinal, reprit l'envoyé, vous prie de prendre cette somme comme un bienfait du roi . Le Faucheur n'y voulut point entendre , et le Cardinal eut le tort de trouver cela mauvais; le pasteur fut frappé d'interdiction. Nous ne pouvons dire au juste à quelle époque. Le Faucheur quitta l'Église de Montpellier pour celle de Paris ; nous savons seulement que ce fut entre 1 631 et 1637. A la première de ces dates il était attaché à l'Église de notre cité ; à la seconde, il figure parmi les pasteurs de Charenton. Le Faucheur était ministre à Montpellier depuis 1612. Pour s'attacher cet homme distingué, cette Église n'avait pas craint d'employer des moyens obliques et peu convenables, au dire du synode de Privas. Il faut bien reconnaître que ce reproche n'est pas le seul de ce genre que les synodes eurent à faire à l'Église de Montpellier. En 1607, elle commit la même faute à l'égard de la ville de Sommières, à qui elle voulait enlever le respectable pasteur Chauve. Celui-ci sut résister à toutes les suggestions, pour demeurer dans son Église, qui lui était fort attachée et où il faisait du bien. En plusieurs circonstances , le synode de la province eut à réprimer un penchant vers lequel le désir d'avoir des hommes distingués poussait trop facilement l'Église deMontpellier. M. de Valence faisait durement sentir le poids de son autorité aux protestants de Montpellier. Ayant été obligé d'envoyer un secours de mille hommes à Sommières , qui était bloqué par le duc de Rohan , il fit désarmer tous les habitants, leur ôla la garde des por-