CHAPITRE II
capitaines, pour éviter le carnage, firent ouvrir aussitôt la grande porte de l'église, et conduire en sûreté, dans les maisons voisines, les chanoines et plusieurs habitants catholiques qui s'y étaient réfugiés ; mais ils ne purent empêcher que le père Berald , gardien des Cordeliers, qui avait prêché avec un zèle trop amer contre les calvinistes, son compagnon, deux chanoines qui étaient en armes, trois capitaines de la garnison catholique du fort Saint-Pierre et quelques soldats, ne fussent massacrés, au nombre de seize ou dix-sept, aussi bien dans le fort que pendant leur fuite.
Le même écrivain cite aussi la version d'un historien calviniste contemporain, où les faits se trouvent un peu différemment racontés. Suivant celui-ci, il fut convenu que la garnison du fort Saint-Pierre sortirait avec ses armes , pour se retirer où elle voudrait ; que l'artillerie qui était dans le fort serait conduite à l'Hôtel de Ville, et que les chanoines et les habitants catholiques pourraient demeurer dans l'église, mais sans munitions de guerre et sans armes, pour y célébrer l'office divin. Les assiégeants, ajoute-t-il, s'étant écartés pour laisser passer la garnison , quelqu'un du fort tira un coup de pistolet et tua un calviniste ; ce qui animatellement les assiégeants que, criant à la trahison, ils entrèrent dans l'église et firent main basse sur tous ceux qu'ils rencontrèrent ; de sorte qu'il en échappa fort peu et qu'il y en eut une quarantaine de tués sur la place. (Ce résumé de Dom Vaissette est de J.-P. Thomas, et nous en avons vérifié l'exactitude.)
Selon un manuscrit que nous avons pu consulter à la Bibliothèque impériale (supplément latin, $\bis), les assiégeants ne se laissèrent aller à ces actes de violence que sur le motif qu'on avait tué un des religionnaires » après avoir f ai tV accord avant qu'entrer.»
On le voit, les autorités compétentes sont unanimes dans toutes les circonstances essentielles, et d'Aigrefeuille, qui les contredit longtemps après, ne s'appuie absolument sur rien. Ce fut un manque à la foi jurée de la part des catholiques, qui provoqua la colère des protestants. S'ils se laissèrent emporter par la violence, ce n'est pas eux qu'il faut accuser de trahison. Une fois excitée, cette colère s'apaisa difficilement. De Saint-Pierre le peuple se porta sur les autres édifices du culte catholique, et, dans une demi -journée , soixante églises ou chapelles qu'il y avait dans la ville ou hors la ville, furent détruites ou fermées '. Les nonnes furent mises hors de leurs couvents ; on ne vit plus de prêtres dans la ville que sous un déguisement. La messe prit fin à Montpellier.
Les désordres ne se bornèrent pas à la ville de Montpellier. La messe fut abolie à Lunel , Gignac , Sommièreset auties lieux circonvoisins.
1 S'il faut s'en rapporter au manuscrit de Serre, les démolitions se bornèrent à Saint-Pierre et au couvent des Augustins. Les autres églises furent pillées. Il ajoute : ils eussent bien fait pis et commis de plus grands désordres et des violences plus énormes, si les consuls, la noblesse et les principaux de leur parti, qui en appréhendèrent les suites, ne s'y étaient opposés.