CHAPITRE PREMIER \9i
pasteurs , intendants et anciens de ladite Église de Montpellier ont rendu là-dessus témoignage à la sincérité et au zèle dudit sieur Carcenat , qui a exercé son ministère parmi eux l'espace de quarante-trois ans, avec une diligence et une fidélité particulières. »
Voici les noms des membres laïques : Pierre de Bossuges, conseiller du roi en sa Cour des comptes, aides et finances dé Languedoc ; Jean Rey , aussi conseiller du roi et correcteur en ladite cour ; Pierre Pujol, greffier en icelle ; Pierre Manuel , bourgeois ; Etienne Mérueys , procureur en ladite cour ; Moïse Montet , notaire royal : Pierre Régis , maître apothicaire ; Jean Formy, marchand; Ésaïe Ouny , marchand brodeur; Jean Malafosse , marchand mangonier; Pierre Sabatier, marchand boulanger; Jacques Restouble, marchand cordonnier; François Dumas , marchand coutelier ; et Pierre Favier, marchand potier de terre.
On doit de la reconnaissance à ce consistoire, et tout particulièrement à son secrétaire , Pierre Régis , pour les soins qu'il donna à la conservation de ses archives. S'apercevantque des registres importants avaient beaucoup souffert des injures du temps, il les fit réparer et y mit des titres et des rubriques. C'est de ce travail que nous avons rendu compte , dans le Bulletin de l'histoire du Protestantisme français (année 1856, page 392).
Il fit aussi recueillir tous les titres de propriété, qui se trouvaient dispersés dans une infinité d'actes et dans des études diverses. Ces titres sont reliés en un fort
volume que l'Église de Montpellier conserve encore. Ces copies ont toute la valeur de pièces authentiques, car elles ont été soigneusement collationnées et sont signées par deux notaires. Ce travail fut acccompli en 1635.
Sans aucun doute , l'occasion de cette collection fut fournie par la circonstance que nous allons rapporter et qui dut faire sentir au consistoire le besoin de posséder des titres en règle, que l'Église pût produire à la première réquisition.
La vente d'une maison, faite par M. Barthélémy de Rhodes au sieur Etienne Atger, représentant du consistoire, avait eu lieu en vertu d'une procuration passée par le vendeur à son fils , autre Barthélémy de Rhodes , seigneur de Salaison. Sur le prix de vente, 1 ,200 livr., qui ne pouvaient être touchées par le vendeur, avaient été versées entre les mains des consuls, à la charge par eux d'en servir les intérêts à qui de droit. Quoique cette somme de 1 ,200 livr. eût été bien et dûment payée par les protestants , néanmoins elle ne fut versée qu'en 1670 entre les mains des héritiers de la maison de Rhodes , et au moyen d'un prélèvement égal fait sur l'indemnité allouée aux protestants. Ils la payèrent donc deux fois.
Avant 1634, à une époque dont nous ne pouvons pas donner la désignation exacte , Balthazar de Rhodes, petit-fils de celui au nom de qui la vente avait été passée , éleva des prétentions sur la validité de la procuration fournie par son grand-père. Peut-être aussi
réclamait-il la nullité de la vente , en se fondant sur cette particularité que la plus grande partie du paiement n'avait pas été effectuée. Les protestants eurent à craindre d'être dépouillés d'un immeuble sur lequel ils avaient fait une dépense de 15,000 livr. Comme on le comprend , ils durent se mettre en mesure de défendre leurs droits, et ils déléguèrent dans ce but Jean Tolladur Degan , procureur en la Cour des comptes, aides et finances , qui , procédant avec l'assistance de Jean de Ricard , conseiller du roi ; Philippe Bornier, lieutenant particulier en la sénéchaussée et siège présidial de ladite ville; Jean-Jacques Ducros, docteur et avocat , intendant et administrateur des affaires desdits habitants ; Jean d'Hilaire , conseiller à la Cour des comptes ; et Jean Bccaud , bourgeois , anciens ou députés , arrangèrent amiablement le différend , le 7 novembre 1 634.
Pour ne pas avoir à revenir sur cette affaire , nous dirons ici que le petit temple , situé à l'endroit où se trouve la place Saint-Côme , entre les rues En-Rouan etEngondau, fut agrandi en 16G0, par l'acquisition d'une maison appartenant au sieur Bernard Orliac, payée 2,500 livr. Le 18 septembre 1668, une autre maison est achetée pour le même objet à Jean Alary, dit Orphée ; on la paie 1 ,000 livr. La première de ces acquisitions fut faite au nom du consistoire, par Guillaume de Clauzel, sieur de Rouqueirols, et la seconde par Jacques Bourguet , maître teinturier.
Le sieur Baux nous paraît avoir été le premier pas-
\\)i LIVRE DEUXIEME
teur qui entra en charge après le départ de Michel Le Faucheur. Si nous ne savons pas l'époque précise où il prit possession de sa charge , nous pouvons du moins indiquer celle où il la quitta.
Selon une coutume fréquemment pratiquée, il fut prêté pour une année par l'Église de Montpellier à celle de Castres, afin d'y tenir la place de M. Gâches, prêté lui-même à Paris. Ce prêt, autorisé par le synode d'Uzès tenu le 3 mai 1G56, et sur la demande et le consentement des Églises de Castres et de Montpellier, fut converti en don dans le synode de Montpellier, séance du 26 avril 1657.
Le pasteur Baux, dont nous venons de parler, avait été pendant plusieurs années le collègue du pasteur Eustache. Ce dernier, qui était originaire du Dauphiné et qui exerçait son ministère à Die ', en 1639, avait aussi été prêté à l'Église de Montpellier. Le zèle et le talent qu'il fit paraître , inspirèrent à cette Église la pensée de se l'attacher définitivement, et ce fut au sein du synode d'Uzès, le 1 9 juin 1 642, qu'elle fit exprimer son désir par ses deux représentants, le pasteur Baux et l'ancien Dortoman. Les vœux d'Eustache étaient conformes à ceux de l'Église. Le synode accueillit la demande sans opposition, et Eustache devint ainsi le collègue de Carcenat, qui remplit ses fonctions, avons-
1 La France protestante dit Corps ; nous ne savons sur quel fondement. >"otre assertion repose sur un ouvrage imprimé, qu'Eustache publia en 1639, et dans lequel il prend le titre de pasteur à Die : Le triomphe de l'Église, etc.
nous dit, jusqu'en 1670. Eustache raourul vers la fin de 1661.
Le pasteur David Eustache est surtout connu comme controversiste. Il avait commencé cette lutte avant de venir à Montpellier , comme l'atteste une publication faite en 1 639 : Le triomphe de V Église, opposée au livre deFichet, jésuite, intitulé : La victoire de l'Église, et il la continua dans sa nouvelle position. Nous ne parlerons ici qu'en passant d'un petit livre intitulé : La victoire de la foi contre le monde, qu'il publia en 1647, avec une dédicace aux pasteurs et anciens de l'Église de Montpellier. Avant de mettre au jour cet ouvrage, il en avait composé un autre, qui fut examiné et approuvé par le synode du Bas-Languedoc, assemblé à Montpellier, le 7 novembre 1647, avec permission du roi et en présence de M. de Madronnet, commissaire député par Sa Majesté, ta commission nommée par le synode pour examiner le livre, était formée des sieurs Baux, pasteur de l'Église de Montpellier; Noguier, pasteur de l'Église d'Uzès; Brun, pasteur de l'Église de Vauvert ; et Castanier, pasteur de l'Église de Navasseille. Le rapport fut favorable, et l'approbation donnée sous la date du 15. Le premier volume, destiné à répondre à celte question : Où était votre Église avant Luther? fut publié en 1649, et le second en 1652. C'est ce dernier qui porte l'approbation synodale.
Dans l'article Eustache, de la France protestante, MM. Haag laissent indécise la question de savoir si Eus-
tache avait publié deux traités sur le même titre, ou s'il s'agit de deux éditions du môme traité. Aucun doute n'est possible à cet égard: les deux volumes sont entre nos mains et font suite l'un à l'autre. Dans le premier, l'auteur s'occupe des témoins de la vérité jusqu'au ix siècle, et le second reprend ce travail pour le continuer jusqu'à Luther. Il porte d'ailleurs sur le frontispice : Traité deuxième, et commence par ces paroles : J'ai montré au premier traité.
Le synode ne se borna pas à donner son approbation à l'ouvrage; il encouragea l'auteur, et exhorta ledit Eustache de continuer à rapporter les dons et les grâces de Dieu qu'il lui a communiquées à la gloire du Tout- Puissant et à l'édification de l'Église.
11 faut encore attribuer à Eustache huit sermons sur l'épître de saint Jude, qui parurent avec une lettre dédicatoire aux pasteurs et anciens de l'Église de Lyon. Cette lettre , écrite de Montpellier, porte la date du 21 janvier 1 654. Ce volume, comme le premier dont nous avons parlé, a échappé à la vigilance de MM. Haag, qui ne les mentionnent pas dans leur notice bibliographique de la France protestante. C'est à cet ouvrage qu'il faut recourir pour les autres écrits d'Eustache , dont nous ne parlons pas ici.
Le même synode qui donna son approbation au livre d'Eustache , eut aussi à s'occuper d'une autre question qui avait pris naissance dans l'Église de Montpellier. Le chantre Legarez avait fait un travail dont l'objet était de réduire toute la musique des