CHAPITRE PREMIER i
psaumes à une même clef. Par ce moyen, il croyait rendre le chant à la fois plus facile et plus harmonieux. Le synode s'associa à cette tentative, qu'il trouva bonne, engagea l'auteur à faire imprimer son écrit, et lui alloua une somme de cent livres à titre d'encouragé m en t .
Le pasteur David Eustache eut des controverses religieuses avec le jésuite Mercier. Ce ministre avait prêché un sermon sur la question fort controversée de l'Eucharistie. Il avait pris pour texte cette parole du Sauveur: Ceci est mon corps. Ce sermon n'était lui-même qu'une réponse à l'attaque d'un prédicateur catholique, et il paraît qu'elle était attendue avec impatience par les protestants , et tout au moins avec quelque curiosité parles catholiques eux-mêmes, dont plusieurs allèrent l'entendre au temple. On peut induire tout cela d'une phrase que nous empruntons à l'exorde du sermon d'Eustache. « Ce nous est une grande consolation, dit-il, qu'en une si célèbre assemblée et en présence du prédicateur, de plusieurs autres ecclésiastiques et de tant de personnes de condition de l'une et de l'autre religion, nous ayons la liberté de défendre notre doctrine sur un point qui est si important'.» Ce prédicateur serait-il l'adversaire même d'Eustache, comme il semble le dire, et ces ecclésiastiques d'autres prêtres ? La chose serait étrange ; nous n'osons rien affirmer. Peut-être s'agit-il là d'une sorte
1 Ce sermon a 101 pages in- 12.
de conférence. Ce qu'il y a de certain, c'est que Mercier prit la défense de l'ecclésiastique qui avait fait l'attaque le premier. Voici le titre de la publication du jésuite : « Examen des falsifications de passages, troncations , citations de mauvaise foi , ignorance et autres absurdités contenues dans un sermon composé par le sieur Eustache.» Le titre de cette publication fut affiché sur différents points de la ville. Eustache ne fit pas longtemps attendre sa réplique, et, selon le goût de l'époque, il s'y livre à une longue discussion de passages des saints Pères.
Un nouvel aliment fut fourni h cette dispute par un membre de l'Église réformée. Celui-ci alla trouver le jésuite, lui dit qu'il désirait s'instruire sur la question de l'Eucharistie , et lui présenta un écrit qu'il donna comme l'expression de ses sentiments. Cet écrit n'était qu'un fragment du grand ouvrage de Michel Le Faucheur sur la Sainte-Cène. Mercier vit là une conquête à faire, et se mita écrire une réfutation. D'autres écrits furent encore échangés. Mercier en publia un qu'il intitula : Cent faussetez, contradictions ou impertinences contenues dans cinquante feuilles. Eustache lui opposa son Anatomie du livre publié par le sieur Mercier, jésuite. Finalement, le protestant qui avait remis aux prises les deux antagonistes, demeura protestant. «Le jésuite n'avait pas lâché son filet à la parole du Seigneur, dit Eustache avec beaucoup de finesse ; c'est pourquoi il n'a rien pris, bien qu'il eût travaillé toute la nuit.» (Luc V, 5.)
Nous continuons à puiser nos plus précieux renseignements, pour l'histoire de cette période, dans les procès-verbaux des synodes de la province. Il en fut tenu un à Montpellier, le 29 avril 1654, qui eut Eustache pour modérateur, et dans le sein duquel furent agitées de graves questions doctrinales. Déjà deux synodes nationaux, celui d'Àlençon et celui de Charenton, avaient eu à s'occuper de la nature et du mode d'action de la grâce. Est-elle générale ou particulière; Dieu appellet-il tous les hommes ou seulement quelques hommes au salut? Cette grâce est-elle irrésistible, ou bien les hommes ont-ils quelque chose à faire pour y avoir part? Le système de la prédestination absolue et celui de la responsabilité humaine étaient en présence. Un esprit nouveau battait en brèche l'esprit ancien, qui était encore dominant et ne voulait pas céder le terrain. Celte question, débattue au nord de la France, s'agitait aussi dans le midi. Le synode de Montpellier dut s'en occuper à son tour. Une commission fut nommée à cette intention; elle se composait de douze membres, dont quatre pour le colloque de Montpellier: Carcenat et Atgier, pasteurs; Dortoman et Bonnafoux, anciens; quatre pour celui de Nimes, dont deux pasteurs: Dalard et Serres ; et deux anciens , de Lagrange et Peironnès; et quatre pour celui d'Uzès: de Croy et Rally, pasteurs; Roche et Boileau, anciens. Cette commission se réunissait chez M. Clauzel, conseiller à la Cour des comptes. Elle avait des rapports avec des gens étrangers au synode, et il est probable que ce fut
par des relations de cette nature, écrites ou verbales, que le prince de Tarente, le marquis de Malhause et le député-général des Églises, de Ruvigny, exercèrent la haute influence qui leur est attribuée. Cette commission rédigea un règlement qui fut adopté par le synode. On y défendait, sous peine de suspension pour les pasteurs, et d'excommunication pour les laïques, de parler de la généralité de la grâce, de la non-imputation du péché d'Adam, de la connaissance de Dieu par les œuvres de la création , de rédemption générale, etc. Il est évident que s'il y avait là de la déférence et du respect pour les doctrines du passé, il s'y trouvait aussi une reconnaissance tacite d'idées nouvelles , qu'on ne repoussait pas comme fausses , mais comme perturbatrices de l'ordre établi ; idées qu'il était bien permis d'avoir, mais qu'il ne fallait pas encore professer. Cette signification est bien celle qui fut attribuée à l'arrangement. Ce qui le met hors de doute, c'est la critique qu'on en fit, dans un écrit anonyme intitulé : La sainte liberté des enfants de Dieu, où l'on reprochait au synode d'avoir donné à chaque fidèle la sainte liberté de croire ce qu'il voulait.
C'est en 1651 que nous voyons apparaître dans l'Église de Montpellier un nom qui devait y être prononcé longtemps avec respect, et tomberfrappédu même coup que le temple dont les échos répétèrent, pendant plus de trente ans, les accents de sa parole éloquente. Ce nom est celui d'Isaac Dubourdieu ou de Bordieu. L'Église de Montpellier l'était allé chercher dans la
basse Guienne ; ce qui donne quelque vraisemblance à l'opinion émise par MM. Haag, dans la France protestante, qu'il pouvait être fils ou neveu de cet Arnaud Dubourdieu qui, après avoir fait ses études à Sedan, fut successivement pasteur à Lafitte et à Bergerac. L'Église de Montpellier avait appelé Dubourdieu , au mépris de cette règle d'après laquelle un pasteur ne devait pas passer d'une province à l'autre sans une expresse permission , et qui n'empêcha pas le synode, assemblé à Montpellier le 10 mai 1651, de prendre en considération la demande de cette Église. Le ministère du sieur Dubourdieu fut confirmé à l'Église de Montpellier ; «mais, dit le procès-verbal, cette Église étant tombée souvent en cette même faute, ses pasteurs seront grièvement censurés, et la récidive leur fermera la porte à toute grâce. »
Ce même synode, dans lequel fut nommé Dubourdieu , donna l'exemple d'une grande fermeté dans la défensede ses prérogatives. Jusque-là, indépendamment des pasteurs députés par les colloques, on avait admis aux séances tous ceux qui se trouvaient dans le lieu de la réunion, soit qu'ils y fussent pour l'exercice de leurs fonctions, ou qu'ils s'y trouvassent pour d'autres motifs. C'est ce qui explique le grand nombre d'ecclésiastiques qui souvent se rencontraient dans la même localité. L'autorité prit ombrage de ces rassemblements, et voulut les empêcher. Des ordres généraux intervinrent sans aucun doute. Voici comment ils furent exécutés à Montpellier.
Il y avait dans cette ville un nommé Labarre, ministre déchargé pour cause de santé. Il appartenait à une autre province, et probablement il était venu demander son rétablissement à l'air doux et pur de notre cité ; en ce temps déjà, comme aujourd'hui , elle jouissait de ce privilège. Selon l'usage, et par fraternelle courtoisie, le synode lui offrit de prendre part à ses séances. Le congé en bonne et due forme qu'il avait du synode de son ressort, semblait légitimer cette faveur. Mais tout cela se passait sous les yeux du commissaire du gouvernement, M. de Madronnet ; il s'y opposa formellement et se retira après sa protestation. La compagnie lui envoya une première députation pour l'engager à revenir, il n'en voulut rien faire ; une seconde ne fut pas plus heureuse. Enfin, la compagnie pensant qu'elle avait rempli son devoir, délibéra :1°que le pasteur Labarre assisterait aux séances ; et 2° qu'il serait traité comme s'il était pasteur de la province. Le commissaire rentra dans l'assemblée après y avoir été invité une troisième fois. Il pensait , sans doute,avoir suffisamment rempli les devoirs de sa charge; par sa fermeté, le synode avait fait prévaloir ses droits.
Une des plus mauvaises chicanes que l'on fit aux ministres, consistait à vouloir les empêcher de prêcher ailleurs que dans le lieu de leur résidence. On conçoit que ce mot résidence ait pu être employé dans les édits. A toutes les époques et dans toutes les professions, il y a eu des hommes qui ont poussé trop loin
le goût de la locomotion ; mais pouvait-on considérer comme abandonnant leur résidence, ces pasteurs qui évangélisaient les différentes Églises comprises dans un petit rayon? Agir de la sorte, n'était-ce pas priver de culte le plus grand nombre des Églises, à moins qu'on ne voulût quintupler le nombre des pasteurs , chose à laquelle le Gouvernement n'était pas du tout disposé. Il y eut pourtant à ce sujet des poursuites sans fin. Il devint clair à tous les yeux que l'on voulait faire, par une fausse interprétation des édits, ce qu'on n'osait pas encore accomplir par la violence. Un synode provincial, tenu encore à Montpellier au mois de mai 1657, défendit les droits de l'Église avec une louable fermeté. Ce synode, considérant que la religion de Sa Majesté avait été surprise par les artifices du clergé, résolut de s'opposer aux desseins de ceux qui avaient conspiré la ruine de l'Église réformée. Afin de fléchir la colère de Dieu , l'assemblée commença par délibérer qu'un jeûne solennel serait célébré, le 6 juin, dans toute la province. Elle décida ensuite qu'on enverrait un député à Paris pour obtenir , de concert avec le député-général , le retrait d'une mesure qui sapait par leur base tous les édits. « S'il se trouvait par malheur, ajoute le synode , quelque personne de notre communion qui entreprît d'exécuter la déclaration qui nous est si contraire , la compagnie le déclare dès maintenant ennemi de nos Églises , excommunié et retranché du corps des fidèles, enjoignant au consistoire duquel il dépend de publier cette excommunica-
tion, en chaire , un jour de dimanche au matin , afin qu'il serve d'exemple à ceux qui , vivant dans le sein de l'Église, la déchirent et la persécutent par leurs perfidies et par leurs trahisons. Et, au cas que quelques ennemis de notre religion employassent la violence pour exécuter la Déclaration , toutes les Églises sont exhortées à s'y opposer vigoureusement par toutes voies justes et légitimes, et de s'assister mutuellement en cette cause commune. »
Il faut bien se sentir affermi sur la justice, pour parler avec cette énergie. Une difficulté du même genre devait se reproduire treize ans plus tard.
En terminant, le synode «enjoint, par l'autorité de Dieu , à tout pasteur de persévérer avec fidélité dans l'exercice de sa charge , et , nonobstant tous dangers ou menaces , de continuer à prêcher et à faire toutes les fonctions du ministère dans lesdites annexes ; que s'il se rencontre quelqu'un qui désobéisse par lâcheté à la présente ordonnance, nous enjoignons au Consistoire le plus prochain d'appeler un ou deux pasteurs voisins pour procéder, au nom et autorité du synode , à la déposition d'un déserteur si scandaleux.»
Par ordre du synode , ces résolutions durent être lues dans toutes les églises de la province.
Après avoir fait ressortir la fermeté morale que les protestants de la province firent briller dans la défense de leurs droits, il nous sera permis de revendiquer pour l'Église de Montpellier un autre genre de gloire.
Le peintre Sébastien Bourdon, un des maîtres les plus estimés de l'École française, qui vit le jour dans notre cité en 161 G, lui appartenait. La vie de cet artiste célèbre fut assez agitée. A l'âge de 14 ans, il exécutait déjà des travaux qui exigent un mérite distingué. Le manque d'ouvrage l'obligea pourtant à se faire soldat. Heureusement pour son avenir et pour le progrès des arts, le capitaine de sa compagnie sut le distinguer, pensa qu'il servirait mieux son pays par le pinceau que par les armes, et lui fît obtenir son congé. Bourdon se rendit alors à Rome, où il séjourna pendant trois ans. Son talent s'épanouit rapidement sur cette terre classique. Il fut obligé de la quitter à la suite d'une contestation avec un autre artiste, qui menaça de faire connaître qu'il était protestant. Bourdon prit la fuite pour ne pas tomber entre les mains de l'Inquisition. Il n'avait que 27 ans lorsqu'il exécuta une de ses plus célèbres compositions , que l'on voit encore dans le chœur de la cathédrale de Montpellier. Dans ce tableau, Simon le Magicien est représenté tombant du haut du ciel à la prière de saint Pierre. Un des personnages du tableau reproduit le portrait de Bourdon. 11 fut un des douze membres fondateurs de l'Académie de peinture et de sculpture , créée le 1er février 1648 , et il eut môme l'honneur d'en être nommé recteur. Les persécutions que les protestants avaient à souffrir de la part de Louis XIV, l'obligèrent à passer en Suède, où il fut nommé premier peintre de la reine Christine. Le pinceau de Bourdon a été d'une
extrême fécondité. On trouve des ouvrages de lui dans tous les grands musées de l'Europe. Pour plus de détails, nous renvoyons à l'article qui lui est consacré dans la France protestante : c'est à ce précieux ouvrage que nous avons emprunté ce qui vient d'être dit.
Il nous reste à parler de la guerre sourde qu'on fil aux temples dans cette période.
Orner Talon, avocat-général du parlement de Paris, prétendit, dans l'affaire du temple de Saint-Maixent, qu'il y avait une distinction à faire entre le droit d'exercice et le droit de culte. D'après ce principe, on pouvait exercer son culte partout, dans sa propre maison ; on n'avait le droit d;î bâtir des édifices que dans les lieux expressément autorisés. Au moyen de ce sophisme , l'on exigea que les temples existants fissent paraître leurs titres dans le délai de quinze jours , ou qu'ils fussent démolis. Au lieu de s'arrêter àl'ÉditdeNantes, qui avait aboli tous les autres, on alla chercher des armes dans l'arsenal des édits antérieurs. Des temples furent menacés, pour avoir été construits sans autorisation ; d'autres , parce qu'ils étaient d'un voisinage incommode pour une église, un monastère ou un cimetière. Bref, il y en eut bien peu qui n'eussent de grandes chances à courir. Rien n'estinstructif comme la lecture des édits, déclarations ou arrêts de cette époque. On ne peut les lire sans se demander pourquoi LouisXIII et Louis XIV prenaient tant de soin de confirmer l'Édit de Nantes, quand tous ceux qu'ils rendaient en étaient
une flagrante violation. Hélas ! l'instruction secrète est là et nous tire d'embarras. La Réforme avait poussé des racines profondes , on n'osait pas encore lui faire une guerre ouverte; il fallait travailler à l'affaiblir, pour en venir un jour à la renverser.
On ne s'attaquait pas ainsi aux temples, sans s'attaquer aussi aux ministres. Beaucoup furent poursuivis et persécutés. Nous ne parlerons ici que de celui de Pignan. Il s'appelait Roussillon. On l'accusa de trois contraventions : la première était d'avoir prêché en l'absence du seigneur; la deuxième, d'avoir prêché dans les annexes; et la troisième, d'avoir baptisé un enfant au lieu de Saint-Nazaire. Il fut condamné, par jugement rendu à Montpellier, à trois ans de bannissement et à 300 livres d'amende. Roussillon se pourvut en appel devant la chambre mi-partie de Castres, où il se constitua prisonnier. Les juges protestants étaient d'avis d'absoudre , et les catholiques de condamner. Le conseil privé maintint le principe, tout en diminuant la peine; les trois ans furent réduits à un, et les 300 livres à 50.
Un pasteur de Montpellier, le respectable Carcenat, eut sa part de cette persécution. Pignan n'est éloigné de Montpellier que de 1 0 kilomètres. De tout temps , ces deux Églises ont fait partie delà mêmeconsistoiïale et ont été sous la même administration. Pendant la captivité de Roussillon, la chaire de Pignan était muette et le peuple privé de la prédication de la Parole de Dieu. 11 paraissait tout simple que le Consistoire fît rem-
placer le pasteur absent par ses propres pasteurs. A son appel, Carcenat se rendit en effet à Pignan; il y fut traité outrageusement ; un arrêt de prise de corps, à trois brefs jours, fut lancé contre lui, et il dut comparaître devant la chambre de l'Édit de Castres. Le procès-verbal du synode provincial du Languedoc , assemblé à Nimes le 4 mai 1661 , nous fait connaître ce détail et nous laisse ignorer la conclusion de l'affaire.
Nous avons parlé , à diverses reprises , des luttes survenues à Montpellier à l'occasion du consulat. Avant de quitter définitivement ce sujet , nous devons faire connaître l'arrêt du conseil d'État qui règle souverainement la question ; il est du 28 août 1656. Sa Majesté y reconnaît que, «par lettres de cachet du 1 8 mars, arrêts de son Conseil des 28 du dit mois et 1 1 avril 1 652 , et la réponse aux cahiers de ses dits sujets , elle avait ordonné qu'aux élections des consuls de ladite ville de Montpellier, seraient admis dans lesdites charges des consuls et autres qui en dépendent, des habitants de la religion prétendue réformée également avec des catholiques..... Mais Sa Majesté, considérant l'importance de ladite ville de Montpellier, qui est la seconde de la province de Languedoc , ornée d'un siège épiscopal, église cathédrale et de plusieurs collégiales , d'une université , d'une chambre des comptes , cour des aides , bureau des trésoriers généraux, siège de présidial et sénéchal de justice ordinaire qui est
exercée par les consuls en Hôtel de Ville ; que tous les officiers qui composent lesdits corps sont catholiques , à l'exception de six ou sept de la religion prétendue réformée , qui sont dans la dite chambre des comptes, et de deux du présidial; que, depuis que. par les armes victorieuses du feu roi , elle fut réduite à son obéissance, la religion catholique y a fait un tel progrès , que les églises et monastères abattus par ceux de la religion prétendue réformée y ont été rebâtis, le culte de Dieu rétabli , et le nombre des habitants catholiques s'est accru de beaucoup par dessus celui de ceux de la religion prétendue réformée; que depuis l'an 1628, les charges consulaires et autres dépendantes
n'ontété remplies que d'habitants catholiques: le
Roi étant en son Conseil, sans s'arrêter aux décrets précités de 1653, a ordonné et ordonne qu'il sera incessamment procédé à la nomination des consuls et officiers politiques dépendant du consulat pour la présente année et à l'avenir;.... à laquelle élection des consuls et officiers politiques ne seront admis, élus ni nommés que des habitants catholiques.»
Pour parler clair, cela veut dire : les catholiques ont la majorité , ils auront tous les emplois. Mais pourquoi , lorsque les protestants étaient les plus nombreux, leur enleva t-on une partie, et puis toutes les charges dont ils étaient en possession ?
Le pasteur Bertheau , qui , comme ministre de l'intendant, put rester à Montpellier jusqu'en 1685,
tandis que ses collègues durent en partir en 1G82, après la démolition du dernier temple, figure pour la première fois comme pasteur de cette Église, le 25 avril 1657. A défaut de plus amples renseignements, nous devons constater cette date.
Un pasteur de Vauvert, le sieur Brun, que nous avons vu siéger dans le synode de 1657, au nombre de ceux qui devaient faire un rapport sur le livre d'Eustache , remplit aussi des fonctions pastorales à Montpellier, mais elles furent de courte durée. Appelé le A mai 1661 , le synode du 25 avril 1668 avait à s'occuper de sa veuve. Ce pasteur, qui avait desservi l'Église de Vauvert pendant vingt-sept ans, ne put se soutenir à Montpellier, et dut quitter cette Église pour celle de Poussan, où il mourut. Le synode prit, au sujet de sa femme , la délibération suivante : Il trouva juste que l'Église de Montpellier, qui l'avait enlevé à celle de Vauvert et qui n'avait pu le supporter ensuite, contribuât à l'année de viduité. Montpellier dut payer 300 livres et Poussan 100 livres seulement.
Nous avons déjà parlé des difficultés suscitées par la déclaration du mois de février 1660, qui défendait aux ministres, dans son article 1 3, de prêcher hors des lieux de leur résidence. Cet article donna lieu h une nouvelle complication. On avait coutume de désigner a l'avance deux pasteurs pour prêcher pendant la tenue du synode. M. de Bezons , intendant de la province de Languedoc , prit un arrêté ambigu qui paraissait contenir l'intention de mettre fin à cet usage. Il enjoignait
au commissaire député pour la tenue du synode, de veiller à l'exécution de l'ordonnance, sous peine d'en répondre. Le commissaire pensa qu'on pouvait bien présenter des observations à ce sujet, mais il déclara qu'il ne laisserait point faire les prédications. Le modérateur soumit cette question à l'assemblée, et le synode fut d'avis qu'il était dans son droit de nommer, selon l'usage , des ministres de son corps pour prêcher pendant la tenue du synode, et décida que les pasteurs désignés prêcheraient cette fois comme par le passé. L'assemblée députa à Montpellier les sieurs Bruguier, ministre à Nimes, et de Montarnaud, ancien de Montpellier, pour rendre raison de sa conduite à M. l'Intendant.
Isaac Dubourdieu avait un fils du nom de Jean- Armand. Cejeune homme venaitde terminerses études à Lausanne, où il avait été consacré le 21 juin 1667. Au mois d'avril de l'année suivante , Dubourdieu père pria le synode , assemblé à Nimes, de lui donner son fils pour aide en l'exercice de sa charge. Cette demande n'était pas contraire aux vues de l'Église de Montpellier qui , par l'organe de son représentant laïque , M. de La Vérune , donna son acquiescement aux conditions suivantes : 1° aucun traitement ne sera affecté à Dubourdieu fils ; 2° l'Église réserve toute sa liberté pour l'avenir ; 3° aucune partie du ministère ne lui sera personnellement affectée. Cela voulait dire , sans aucun doute , qu'il se bornerait à soulager son père. Malgré des conditions si bien réglées , la com-
pagnie trouva cette demande contraire aux arrêts des synodes précédents , qui défendent ces coadjuloreries , et s'en tint à l'inscription ou à l'agrégation du sieur Dubourdieu fils , lui promettant de le pourvoir d'église quand l'occasion se présenterait. Bientôt après , en effet, Jean-Armand Dubourdieu fut envoyé à Saint- Pargoire. C'est de là qu'il passa dans l'Église d'Uzès. Nous le trouverons plus tard au nombre des pasteurs de Montpellier.