CHAPITRE II
Affaire Dumont. — Sa déposition par le synode. — Signification de cette déposition. — Hurtautz , pasteur. — Guerre aux temples. — Le petit temple de Montpellier est renversé, en même temps que ceux de Pignan, Mauguio, Cournonterral et Saint-Jean-de-Védas. — Énergiques remontrances du synode d'Uzès. — C'est au milieu des plus rudes persécutions que les candidats au saint Ministère deviennent plus nombreux. — Les biens des pauvres protestants de Montpellier sont attribués à l'Hôpital-Général. — Divers prétendants à cette succession. — Arrangement. — Signification de l'avertissement pastoral du clergé aux consistoires. — Le grand temple de Montpellier est menacé à son tour. — Isabeau Paulet. — Arrêt du parlement de Toulouse. — Les pasteurs à la citadelle. — ■ Le temple est démoli en quelques heures. — Appel d'Isabeau Paulet. — Confirmation du premier jugement. — Isabeau Paulet est séduite et abjure. — Un volume d'Isaac Dubourdieu.
Le pasteur Carcenat avait été déchargé de ses fonctions , à cause de ses infirmités et de son cage , le 23 avril 1 670. Son remplacement donna lieu à une affaire fort orageuse , que nous devons raconter ici.
Comme de coutume , les pasteurs et les anciens de Montpellier demandèrent la permission de se pourvoir en dehors du colloque. Cette autorisation leur fut refusée ; mais, par mesure transitoire et peut-être comme moyen de conciliation , Etienne Crussol-Dumont (de l'Agenois) lui fut prêté pour un an. Ces prêts, nous l'avons vu , étaient souvent convertis en dons. Mont-
pellier espérait peut-être obtenir par ce moyen détourné ce que l'on refusait d'accorder à sa demande directe.
Dans le courant de l'année , des bruits sourdement répétés se répandirent sur le compte du sieur Dumont : son orthodoxie était mise en doute ; enfin , des accusations de socinianisme, d'arianisme et même d'anabaptisme éclatèrent au sein du synode de la province, assemblé à Nimes le 15 avril 1671 , et des commissaires furent nommés pour instruire l'affaire.
Il paraît toutefois que ces accusations ne partaient pas du consistoire. Celui-ci prit, au contraire ; la défense de Dumont et demanda, par l'organe d'une dépulation composée des sieurs de Rozel, pasteur de l'Église de Montpellier ( ce nom ne se reproduit nulle part ailleurs avec la même qualification; c'était sans doute un pasteur prêté ); de Saussan , conseiller en la Cour des comptes, aides et finances; de Fontanon, Miraval, Roudil , l'un des intendants de l'Église de Montpellier , et Chaucher , procureur et délégué de ladite Église, que le ministère de Dumont fût continué encore une année. Il promettait d'être vigilant sur l'article de la doctrine.
La compagnie s'occupa très-longuement et avec beaucoup de patience de cette affaire. Toutes l?s raisons alléguées par Dumont furent soigneusement examinées ; plusieurs enquêtes eurent lieu à Montpellier même, par des commissaires envoyés exprès. Enfin, l'inculpé finit par décliner la compétence du synode et en appela à un synode général. La compagnie se déclara compé-