CHAPITRE II
qui leur servaient de base, comment l'esprit de chicane aurait-il pu être arrêté devant un édifice quelconque? N'y avait-il pas, dans le quartier, une église dont le temple était trop rapproché? était-il bien facile d'établir que le sol sur lequel reposait l'édifice, n'avait jamais fait partie d'un couvent ou d'un cimetière? et enfin, en supposant que tout se fût passé selon les formes les plus régulières, les Églises étaientelles toutes en état de produire , dans le délai de quinze jours , les titres qui établissaient leurs droits? D'ailleurs , n'était-il pas toujours facile de trouver dans les paroles du prédicateur ou dans la situation des auditeurs, les prétextes d'une procédure qui ne pouvait manquer de tourner au détriment de la cause protestante?
Les temples disparaissaient par douzaines !
Cette avalanche, qui menaçaitden'en laisser aucun debout, vint étendre ses ravages sur la ville de Montpellier. Les deux temples qu'elle possédait tombèrent l'un après l'autre, à treize ans d'intervalle. Le petit tomba le premier, et le coup qui l'atteignit renversa aussi ceux de Mauguio, de Poussan, de Pignan et de Cournonterral. Les cinq arrêts du conseil d'État qui les condamnaient h être démolis, furent signés le même jour, 1 8 novembre! 670, à Saint-Germain-en-Laye! . 11 serait trop long d'examiner les cinq procédures; nous nous
1 On peut voir ces arrêts dans les pièces justificatives de Benoît, tom. V, pag. 50 et suiv.
bornerons à étudier celle qui concerne le petit temple de Montpellier. Disons, avant de commencer cet examen, que l'évêque de Montpellier, François Bosquet, qui se trouvait alors à Paris pour l'assemblée générale du clergé de France, sollicita ces démolitions et les obtint du roi ■. Ce fut, comme toujours, sous un prétexte de légalité. Ce temple, disait-on, avait été bâti sans permission de Sa Majesté. La dame Claudine de Toiras, abbesse du monastère de Vignogouls, prétendait également que la place occupée par le petit temple avait appartenu audit monastère. Voilà deux raisons pour uns qui militent en faveur du renversement. Si les arguments ne sont pas forts, ils sont nombreux. Le temple aura bien de la peine à se tirer d'affaire. La demande de Madame l'abbesse de Vignogouls fut écartée comme sans fondement. Les protestants établirent, de la manière la plus irrécusable, que l'emplacement avait été acheté par eux , qu'ils avaient été autorisés à faire une collecte pour en payer le montant, que ledit temple avait été agrandi au moyen d'acquisitions successives, et que ces acquisitions avaient toutes été approuvées par Sa Majesté, qui, vu la destination de l'édifice, avait bien voulu consentir à faire la remise des droits qu'elle avait à percevoir. En ce qui touche l'Édit de Nantes, que l'on accusait les protestants d'avoir violé, ils montrèrent, comme nous l'avons fait en parlant de la construction de cet édifice, que l'édit mentionné
1 D'Aigrefeuille , tom. II, pag. 183.