‹ Histoire de l'Église réformée de MontpellierChapitre 88 sur 253 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

de religion ou de laisser périr leurs pauvres familles, faute de pouvoir fournir à leur subsistance ; les malades obligés de répondre sur leur religion dans un état où la grandeur de leurs maux ne leur laisse pas le jugement libre ; les femmes contraintes de se servir de sages-femmes catholiques dans leurs accouchements; les enfants soustraits à la puissance paternelle et mis dans la liberté d'abandonner notre religion dans un âge où ils ne sont encore capables d'aucun discernement ; voyant encore les divers conseils qu'on appelle de la Propagation de la foi ' qui travaillent incessamment à notre ruine ; les procès criminels qu'on intente tous les jours aux ministres et aux particuliers ; les enlèvements de nos enfants , les^ violences qu'on fait à ceux dont les pères ont changé de religion pour les forcer à les suivre , sous prétexte des dits déclarations et arrêts ; leur détention dans des couvents et autres lieux dont l'entrée est défendue à ceux de notre religion; les défenses qui ont esté faites aux catholiques d'embrasser notre religion et à nous de les recevoir sous des peines très-sévères, et les ordres que le roy a donnés à des commissaires catholiques d'assister dans nos synodes ; et enfin une infinité d'autres choses contraires aux libertés qui nous ont esté accordées par les édits des rois prédécesseurs de Sa Majesté et confirmées par diverses déclarations de

1 Nous aurons à parler d'un de ces établissements existant à Montpellier. Ce passage montre qu'il y en avait d'autres dans la province.

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Sa Majesté même: a résolu unanimement de faire làdessus nos très-humbles remontrances au Roy, et de le supplier avec tout le respect que des sujets doivent à leur souverain, d'avoir enfin pitié de nous, de nous maintenir dans nos libertés, et de révoquer tous ces édits, déclarations et arrêts qui nous privent de nos privilèges accoutumés , et surtout la déclaration qui nous défend de recevoir des catholiques à notre religion, celle qui porte que nos enfants pourront changer de religion à l'âge de sept ans ; puisque ces deux déclarations nous défendent deux devoirs dont nous croyons que nos consciences ne nous permettent pas de nous dispenser, et que nous aimons mieux être exposés à abandonner nos biens et notre patrie, et à perdre même nos vies, que de nous voir réduits à la nécessité d'y manquer. A cet effet, elle nomme le sieur baron de Saint-Cosme pour aller assurer Sa Majesté de notre inviolable fidélité à son service, et lui faire nos très-humbles remontrances, l'ayant chargé de partir pour cela lorsque les Consistoires des Églises d'Uzès, Montpellier et de Nimes le jugeront à propos. Et en cas que le dit sieur de Saint-Cosme ne puisse pas faire ce voyage, elle lui a substitué le sieur baron de Beauvoisin. »

Quand une Église compte de tels représentants, elle peut avoir beaucoup à souffrir du feu de la persécution ; il n'est pas possible qu'elle disparaisse : rien ne peut triompher d'une pareille vitalité.

Chose étrange ! c'est au moment où les protestants

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