‹ Histoire de l'Église réformée de MontpellierChapitre 91 sur 253 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

cherchait à toucher le cœur des administrateurs par l'étalage de ses misères. Sous l'empire d'un Dieu juste, la misère ne doit-elle pas être souvent le salaire de l'iniquité?

L'ordre des temps nous appelle à parler ici de l'assemblée du clergé de France , qui se réunit à Paris, en 1G82. Nous ne mentionnerons ni ses démêlés avec le pape, ni les quatre fameux articles que l'on considère comme la charte des libertés de l'Église gallicane ; nous ferons seulement observer que ces trente-quatre archevêques ou évêques, et ces trente-quatre députés du clergé qui la composaient et se constituaient défenseurs des libertés de l'Église, trouvaient fort étrange que les protestants aspirassent aussi à quelques libertés.

Avant de se séparer, cette célèbre assemblée , dont Bossuet était lame, jugea convenable d'adresser un Avertissement pastoral aux protestants. Cette pièce n'était pas destinée à être un simple moyen de persuasion, mais elle devait devenir une mesure administrative derrière laquelle se montrerait le bras armé de l'autorité. Elle fut envoyée à tous les intendants, par l'intermédiaire d'un ministre du roi, et on la lut dans chaque consistoire, en présence de l'intendant luimême et des délégués de l'évêque diocésain. Cette lettre, comme toutes celles qui émanent de la même source, doucereuse quant aux formes du langage, était haineuse et menaçante quant au fond.

Comment fallait-il recevoir cette communication?

Convenait-il de profiter de l'occasion, pour avoir des explications avec les ecclésiastiques de l'évêque? A ce sujet, la question des conférences fut agitée. Les uns les désiraient comme favorables au dégagement de la lumière; les autres les repoussaient, en affirmant qu'on n'y serait jamais admis sur un pied d'égalité ; ceux-ci disaient que c'était un piège tendu à la minorité par la majorité. Un ministre de Montpellier, Gautier, déjà célèbre par la composition de {'Histoire apologétique des libertés des Eglises réformées, traita Ja question dans un écrit qu'il intitula : Dialogues de Plolin et d'Irénée. Finalement, rien ne fut décidé à ce sujet, et chaque consistoire resta libre d'agir comme il le trouverait convenable. Celui de Montpellier fut de ceux qui répondirent à cette communication par un exposé des motifs qui avaient porté les protestants à se séparer de Rome ; d'autres se bornèrent à donner lecture de la confession de foi des Églises réformées de France; d'autres, enfin, comme celui de Caen, qui avait le célèbre Dubosc à sa tète, exprimèrent leur opinion par une harangue. Nous lisons dans celle de ce grand prédicateur : « On voit écrites en lettres d'or, sur la principale porte de notre temple, ces paroles apostoliques: Craignez Dieu , honorez le roi; mais elles sont encore bien mieux gravées dans nos cœurs, rsous ne les séparons jamais dans notre conduite, et nous espérons que ces deux articles se remarqueront toujours visiblement dans nos actions.

» C'est, Monseigneur, ce qui nous fait révérer la com-

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