CHAPITRE II
le clergé, qui avait récompensé sa conversion par une pension de GOO livres, il enleva Isabeau à sa mère et la mit dans le couvent de Teirargues. Selon les uns, elle n'y passa qu'une année, et les religieuses la renvoyèrent à ses parents, à cause de son obstination; selon d'autres, elle n'avait quitté le couvent qu'après avoir fait abjuration , le 2 janvier 1675, ou même le 12 mars. Les avis sont encore partagés à cet égard. En la supposant vraie, l'abjuration était-elle valable? Pour le savoir, il faudrait connaître le jour précis de la naissance d'Isabeau ; car, d'après l'article 39 de la déclaration du Ier février 1669, qui ne fut modifiée que plus tard, pour faire abjuration , les garçons devaient être âgés de 14 ans révolus et les filles de 12. Il est à remarquer que l'acte de baptême ne fut pas produit dans le procès, ce qui permet de penser qu'IsibeauPaulet n'avait pas l'âge voulu pour abjurer, lorsqu'elle était au couvent de Teirargues. D'après le livre de raison tenu par Paulet père , Isabeau serait née le 25 avril 1G63, et elle aurait été baptisée le S mai de la même année. Elle n'accomplissait donc sa douzième année que le 25 avril IG75. L'abjuration, datée du 10 mars, était nulle par conséquent, d'après l'article 39 de la déclaration de 1GG9.
Au reste, la réalité de cette abjuration elle-même est fortement contestée. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'à sa sortie du couvenl, Isabeau se remit k fréquenter le temple avec sa mère, et cela se poursuivit ainsi paisiblement pendant cinq années. Peut-on croire qu'il
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on aurait été ainsi, si les catholiques avaient considéré Isabeau comme leur appartenant?
Après ces cinq ans, Isabeau fut encore arrêtée el enfermée au couvent de Saint-Charles de Montpellier. Elle en sortit après une détention d'un mois, et reprit le chemin du temple. Cela se poursuivit ainsi pendant quelque temps; mais, dans cet intervalle , parut ledit donné à Fontainebleau en juin 1G80, qui défendait aux catholiques de quitter leur religion pour professer la protestante. Le clergé s'en empara avec empressement, et fit signifier au pasteur Dubourdieu l'acte d'abjuration, vrai ou faux, d'Isabeau Paulet, avec la défense de l'admettre plus longtemps au culte. Le consistoire se réunit à cet effet et décida de passer outre. Comment se rendre compte de cette délibération? Peut-on croire que ce corps voulût se mettre en opposition ouverte avec les ordres du roi? A défaut de toute autre considération , la perspective d'une ruine assurée l'aurait certainement arrêté. C'eût été de la folie ; le temps de ces hardiesses était passé : le protestantisme ne pouvait plus se flatter de résister parles armes. Si le consistoire n'obtempéra point à la signification qu'il avait reçue du clergé, c'est qu'il ne crut pas à la sincérité de l'acte d'abjuration , pensa qu'il était faux , et fut convaincu qu'en résistant au clergé il ne s'opposait pas aux ordres du roi. Benoît affirme, en effet, que cette pièce avait été fabriquée par Charles Marsan dans le couvent de Teirargues. Isabeau Paulet continua donc ses habitudes de dévotion protestante.