‹ Histoire de l'Église réformée de MontpellierChapitre 94 sur 253 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Plainte fut portée par le syndic du clergé devant le parlement de Toulouse, qui , par arrêt du 1 5 novembre 1682 , condamna par défaut Isabeau Paulet à faire amende honorable devant l'église cathédrale de Montpellier, au bannissement et à la confiscation de ses biens. Dubourdieu fut interdit pour toujours de l'exercice du ministère dans le royaume. Quant au temple, les protestants devaient le démolir eux-mêmes dans les quinze jours qui suivraient la signification de l'arrêt. Pour sauver le temple et montrer que sa conduite était irréprochable , le consistoire fit simultanément deux démarches: il envoya une députation auprès de M. de Noailles, et se pourvut en cassation devant le conseil privé du roi. La députation qui alla trouver M. de Noailles se composait des ministres Bertheau, Gautier, Sarte, Dubourdieu fils et Bertheau fils, ainsi que de plusieurs anciens. L'objet de la requête était d'obtenir que le culte pût être continué jusqu'à la décision du conseil ; en d'autres termes, ils demandaient que l'appel fût suspensif. M. de Noailles le leur refusa. Ce refus était inique : comment revenir plus tard de l'erreur, au cas où elle serait reconnue , si le temple était déjà démoli? La réponse de M. de Noailles porta deux gentilshommes de la députation à dire: «Il y a en France 1800 familles protestantes!» Faut- il voir là une menace ou simplement une déclaration faite avec l'intention de mieux montrer l'injustice de la mesure, par le grand nombre de ceux qui en seraient frappés? M. de Noailles adopta la première interprétation et

se montra blessé de ce propos. Par son ordre, la députation fut conduite à la citadelle. Néanmoins , la sentence ne s'exécuta que pour les ministres ; eux seuls allèrent en prison. Les deux gentilshommes, qui étaient coupables , s'il y avait culpabilité, obtinrent, à la sollicitation de M. de Saussan, d'avoir leur maison pour prison, et les autres délogèrent à la sourdine.

M. de Noailles et M. d'Aguesseau écrivirent de concert au Toi et l'informèrent de ce qui venait de se passer. Le consistoire, de son côté, députa à Paris le sieur Planchut, avec une requête fort humble. A peine arrivé, on lui mit la main dessus , et il fut enfermé à la Bastille. La réponse faite à M. de Noailles portait que le temple devait être démoli dans les vingt-quatre heures ; et vous me ferez plaisir, ajoutait le roi , de faire en sorte que ce soit dans douze, s'il est possible.

M. de Noailles montra ses ordres aux membres du consistoire, et leur demanda s'ils voulaient se charger eux-mêmes de la démolition, pour conserver les matériaux. Leur consternation leur laissa à peine la force d'ouvrir la bouche , et un sordide intérêt ne put les résoudre à démolir eux-mêmes ce temple que leurs mains avaient élevé. D'autres s'en chargèrent, et le firent de manière à s'attirer les bonnes grâces du roi. Des ordres furent donnés aux consuls, qui durent amener soixante maçons au temple. M. de Noailles s'y trouvait avec ses gardes, pour stimuler les travailleurs. «Courage î mes amis , leur disait-il , vive le roi ! travaillez fortement et n'appréhendez rien. » En effet ,

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