CHAPITRE XIII. S
>58 dans lequel il prenah hautement la défense de Nestorius contrç Cyrille, qu'il traitait d'hérétique, soutenant que le patriarche d'Alexandrie avait confondu les deux natures de Jésus-Christ. Cohon dénonça ce livre au parlement de Toulouse , qui le condamna au feu.
Par contre , l'évéque favorisa de son approbation un écrit de controverse que Claude de Bane , seigneur de Cabiac, publia sous le titre de : U Ecriture abandonnée par les ministr£s de la religion prétendue réformée. L'auteur avait pour but d'établir que les protestants n'avaient aucun passage de TEcriture qui pût autoriser leur croyance , qui se trouvait au contraire détruite par quantité de textes formels qu'ils avaient afTaiblis , tronqués et falsifiés. Il espérait, par ce moyen, travailler à la conversion de ses anciens coreligionnaires ; car il avait lui-même abandonné la religion réformée à l'âge de quatorze ans , lorsqu'il faisait ses études au collège des jésuites de Tournon; et comme ses parents n'avaient pas suivi son exemple, il avait joint à son opuscule un discours qui leur était particulièrement adressé pour les exhorter à renoncer à l'erreur. Il ne fut pas témoin de l'influence qu'exerça son livre ; car il mourut pendant le temps qu'il le faisait imprimer, après avoir été pendant quarante ans conseiller au présidial(i).
La gravité de ces faits particuliers n'atteignait pas cependant celle dont étaient revêtus les actes généraux qui émanaient de la cour. Les protestants,
(1) M. Nicolas, Hist Ht. de Nîmes, t. 1, p. Î91.
justement alarmés par la persécution renaissante , *^M envoyèrent dix députés des synodes provinciaux au roi, pour demander justice. Celle qu'il leur rendit fut de leur déclarer que , tout en faisant exécuter redit de Nantes, il choisirait des commissaires pour se rendre dans les provinces et y juger les questions en litige entre les catholiques et les réformés. Si cette décision combla de joie les pre- ' miers , parce qu'ils comptaient sur leur influence auprès de ces commissaires pour leur faire décider les difficultés en leur faveur , elle répandit la consternation parmi les seconds; parce qu'ils comprirent que désormais leur cause était perdue auprès de Louis XIV.
Ce qui augmenta cette consternation à Nîmes fut *65î une si grande sécheresse , que de mémoire d'homme on ne se souvenait pas d'en avoir vu une semblable. Elle commença au mois de juillet 4659 et dura six mois consécutifs. Les arbres perdirent leur feuillage; les olives se desséchèrent sur leurs tiges flétries ; les raisins furent brûlés sur les ceps de vigne; l'eau manqua partout, excepté à la source de la fontaine. Le froid le plus rigoureux succéda à cette aridité extrême ; la glace du Rhône devint si épaisse que les mulets et les voitures chargés y passaient dessus sans l'ébranler. A la fin de l'hiver, il tomba une pluie si abondante , qu'un autre fléau, celui de l'inondation, vint accroître les malheurs que les deux autres avaient déjà occasionnés (1).
(1) Journal anonyme, cité par Ménard, l V, preuve 2, p. 3.
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Au mois d'avril de cette année-là, les députés des synodes provinciaux firent une nouvelle et suprême tentative pour obtenir justice des vexations exercées en divers lieux du royaume contre leurs coreligionnaires. Comme la paix avait été conclue avec l'Espagne et que Cromwel était mort depuis plusieurs mois , le cardinal Mazarin , affranchi de ces deux obstacles qui entravaient sa puissance , crut leur faire une très-grande concession en leur accordant la permission de convoquer le synode national. Il y avait quinze ans (i) qu'il ne s'était pas réuni ; il le fut à Loudun , au pays d'Anjou , sous la présidence de Jean Daillé , pasteur de Paris (2). Mais, dès l'ouverture des séances, le commissaire du roi , de La Madeleine , vénérable vieillard , conseiller au parlement de Paris , prit la parole pour déclarer à l'assemblée que ce serait le dernier des synodes nationaux qui s'assemblerait , par le motif qu'on ne pouvait les réunir sans dépenser de fortes sommes, et sans causer beaucoup d'embarras à ceux qui en faisaient partie. En face d'une telle perspective , tous les esprits furent tristes et les cœurs abattus; aussi les délibérations furent-elles conçues en prévision de l'avenir; elles concernèrent principalement les académies qui fu-
(i) Depuis le 26 janvier 1645.
(â) Ce fut le vingt-neuvième et dernier. Ses sessions, commencées le 10 novembre 1659 , ne finirent que le 10 janvier 1660.
renl • placées sous l'inspection de commissaires , ♦•• chargés de s'informer des progrès des écoliers et de les exhorter à s'éloigner des choses qui étaient contre la modestie et la vraie sainteté , vertus qui doivent reluire dans la vie de ceux que Dieu appelle pour être pasteurs dans l'Eglise de Christ. Ceux à qui fut dévolu le soin de visiter, dans ce but, celle de Nîmes furent de Bordieu et Etienne Roche , pasteurs, avec de Pontperdu et de Chariot, anciens. Le synode , malgré la déclaration qu'avait déjà faite le conseiller de La Madeleine , qu'à l'avenir on ne tolérerait plus que les assemblées provinciales, n'en décida pas moins que , sous le bon plaisir de Sa Majesté , un nouveau synode national se tiendrait à Nimes, dans le délai de trois ans. Le plaisir du roi ne fut pas tel, et, depuis le 40 janvier 4660, l'organisation presbytérienne de la Réforme française resta décapitée.
Dans le courant de ce mois , Louis XIV, avec 461 Anne d'Autriche , sa mère , arrivèrent à Nîmes (4), dont ils visitèrent les monuments romains , et un mois après on fit la proclamation de la paix, conclue dans l'île des Faisans , entre Mazarin et don Louis de Haro , par suite de laquelle le Roussillon et la Cerdagne furent réunis à la France , comme apanage de Marie-Thérèse. d'Autriche, fille de Philippe IV, que le roi épousa l'année suivante. Ce traité , nommé « la paix des Pyrénées , » fut l'acte le plus utile comme le plus mémorable de cette
(1) François 1er y était veau en 1534, Charles IX en 1564 , Henri IV (encore prince du Béarn) en 1568. et Louis XIII en 1632.