‹ Histoire de l'Église réformée de NîmesChapitre 11 sur 227 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

1554 Ce fut un prieur des dominicains, nommé Dominique Deyron , qui fut chargé de l'exhorter à la mort. Mais le confesseur , partageant les convictions religieuses de la victime , ne lui parla que de Jésus et de la nécessité de croire en lui pour avoir la vie éternelle. Ses paroles furent entendues par les geôliers et rapportées aux juges, qui lancèrent aussitôt contre lui un mandat d'arrêt ; mais il échappa aux poursuites en émigrant à Genève , 'après avoir déposé chez l'avocat Pierre Alesti, son ^. beau-frère , un écrit remarquable , dans lequel il l développa, avec les motifs de son changement de religion, ceux de. sa fuite sur une terre étrangère (1).

Deux de ses amis , Pierre d'Airebaudouze et Jean Trigalet , licencié ès-lois , vinrent bientôt le joindre, et tous les trois devinrent des ministres du saint Evangile. .

1555 Jean Trigalet fut du nombre des cinq proposants qui , en 1555, furent arrêtés dans la partie supérieure des Alpes pennines , conduits à Chambéry , où les officiaux de cette ville et de la Tarentaise les condamnèrent aux flammes. Crespin raconte leur mort édifiante dans son martyrologe (2).

* Le crime de Trigalet fut de se trouver possesseur d'un exemplaire de V Institution de la religion chrétienne de Calvin , ouvrage qu'un arrêt du parlement avait proscrit , en ordonnant à tous ceux qui le possédaient de l'apporter au greffe dans trois jours, sous peine de la hart(la corde) pour

(1) Gauthier , Hist. des aut, de Nîmes , p. 20.

(2) Galerie chréL, édit. de Grenoble, t. II, p. 55 à 104.

IS HISTOIRE DE l'ÉGLISB RÉFORBIËB DE NIMBS.

les laïques, et dû bannissement, avec confiscation 'S^' des biens , pour les ecclésiastiques. Les dernières paroles que ce glorieux confesseur de l'Evangile prononça sur le bûcher furent celles-ci : « 0 mon Dieu ! je te vois en esprit là -haut en ton trône , et je vois les cieux ouverts, comme tu les a fait voir à ton serviteur Etienne I »

En 1556, la Réformation avait fait de grands 455( progrès en France; des traités religieux ou libelles, arrivés de Genève dans des tonneaux et répandus par des colporteurs, en firent bientôt mieux connaître les doctrines fondamentales , ce qui détermina les habitants de Nîmes à en faire une profession publique.

Cette résolution fut retardée par un malheur qui 155' arriva le 9 septembre de Tannée suivante , occasionné par la chute d'une trombe d'eau qui submergea la ville entière ; l'historien Ménard en décrit les affreux ravages (1), et de Thou fait mention , dans son Histoire de France (2) , de cette extraordinaire inondation, qui fut un véritable fléau , auquel s'en joignit bientôt une autre plus alarmant et plus durable encore, celui de la lèpre qui éclata en 1558. Un si grand nombre de per- 455} sonnes en furent atteintes , que les consuls durent prendre les mesures les plus expéditives et les plus promptes pour les séparer des autres habitants, en les plaçant dans la léproserie qui existait déjà sur le chemin de la Bastide (3).

(1) T. IV, p. 110.

(2) Liv. IV , p. 110.

(3) Arcb. de Thôtel de ville.

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