‹ Histoire de l'Église réformée de NîmesChapitre 115 sur 227 · CHAPITRE XV. S · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV. S

<666 jour où les magistrats , consuls et conseillers politiques, assistés de quelques membres du consistoire seulement, autorisèrent Arbussy à continuer ses fonctions dans l'Eglise.

Cet acte inconcevable d'illégalité fut fait dans le mois même où le roi, à l'instigation d'Anne d'Autriche, sa mère, qui , en mourant, le 20 janvier précédent, l'avait exhorté à exterminer les hérétiques, venait dé rendre, à Saint-Germain-en-Laye , cette fameuse « déclaration portant règlement sur l'exercice de la religion prétendue réformée , » si restrictive des libertés religieuses.

Le consistoire s'opposa à cette délibération des magistrats et en appela au synode. Il fut soutenu par la majorité des fidèles, puisque, le mercredi 5 mai, une multitude d'entre eux, tant gentilshommes qu'avocats , bourgeois , procureurs , marchands et artisans , s'approchèrent , dans le temple , du parquet des anciens et. dirent que le ministère d' Arbussy ne leur étant pas en édification , ils s'opposaient à son établissement comme pasteur ordinaire et requéraient que leur opposition fût enregistrée pour être soumise au synode.

Le consistoire ne pouvant, d'après la discipline, accueillir les propositions faites par les habitants en foule, délibéra que leur protestation devait être faite par des députés. Ce qui fut exécuté le jour même, puisque, dans l'après midi, cinq députations, la première composée de quatre gentilshommes, la seconde de deux artisans, la troisième de deux avocats, la quatrième de trois marchands et la cinquième de deux bourgeois , se

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présentèrent devant ce corps de nouveau assemblé, ^^ et déposèrent des mémoires qui furent à l'instant enregistrés et envoyés après cela au synode provincial réuni en ce moment à Uzès, qui, après une longue et mûre discussion, fit droit à la demande du consistoire , déclara nulle la délibération prise par les magistrats , consuls «t coijseillers politiques, sans sa participation , et exclut Arbussy de l'Eglise de Nîmes , sans qu'il pût jamais plus y prétendre , en priant, toutefois, cette Eglise d'avoir égard aux frais qu'il lui faudrait faire pour sa retraite (4).

Dans le mois de novembre de cette année , le tribunal des grands-jours (2) partit de Clermont- Ferrand et vint continuer ses séances à Nîmes; il

(1) Arbussy alla aa Vigan, et reçut du consistoire 300 livres pour parer aux dépenses de son délogement. Il obtint, après cela, la place de pasteur à Bergerac où, selon Colomiez, il remplit, non sans fruit, les fonctions du ministère ; mais, au bout d*un an ou deux , il abandonna la religion réformée En 1670, s^ennuyant de battre le pavé de Paris , où il était venu manger la pension que le clergé lui avait faite , il s*associa avec La Pare , de Versé et un nommé Bariges , pour seconder le maréchal de Turenne , qui s*était converti lui-même , à renouveler le projet de réunion que tant de gens avaient entrepris avant lui et qui n*avait servi jusqu*alors qu*à troubler les Eglises.

(2) Ce nom avait été donné à une assemblée de commissaires choisis dans un ou plusieurs parlements , qui se réunissaient dans la province où avaient éclaté des désordres de nature à ne pouvoir être réprimés par les procédures ordinaires, pour écouter les pla'mtes que les habitants pouvaient avoir à faire contre les juges et officiers de justice , et pour donner une prompte expédition aux affaires les plus importantes.

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*66 les ouvrit le 4 décembre, et, parmi les arrêts qui émanèrent de cette juridiction exceptionnelle , deux furent particulièrement hostiles aux protestants.

667 Par le premier, rendu le 3 janvier 4667, les trois portiers appartenant à la religion réformée , qui étaient préposés à la garde des portes de la Couronne, des Prêcheurs et de la Bouquerie, furent remplacés par trois autres qui étaient de la reli- * gion catholique.

Par le second , prononcé le 22 féyrier , l'hôpital protestant , bâti treize ans auparavant , fut réuni à celui des catholiques. Deux conseillers furent chargés du soin de son exécution. Dans ce but, ils se transportèrent avec les quatre consuls sur les lieux , en firent transporter les meubles à l'hôpital catholique et en remirent les clefs au greffier de la maison consulaire. Le bâtiment servit à la fondation de la € maison de la Providence, » dans laquelle furent admis les orphelins qui étaient catholiques ou qui désiraient l'être , et les enfants dont les pères et les mères , nouvellement convertis , se trouvaient hors d'état de subsister sans être déchargés de leur nourriture et de leur instruction.

Les épreuves de l'Eglise grandissaient donc de jour en jour , puisqu'elle s'était vu enlever déjà , l'une après l'autre, ses institutions les plus précieuses , le collège , l'académie , un temple et l'hôpital ; et malgré tout cela elle se voyait encore dans l'obligation de célébrer des services d'actions de grâces à Dieu, à l'occasion des conquêtes successives des

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armées royales ; c'est ce qu'elle fit en particulier ^^^ le 8 septembre suivant. Louis XIV avait perdu son beau-père , Philippe IV, et comme il ne restait en Espagne qu'un roi mineur, il fit valoir, sous de vains prétextes , ses droits sur la Flandre , quoique Marie-Thérèse, sa femme, y eût formellement renoncé. De là la guerre de l'héritage ^ dans laquelle Turenne , Vauban et Louvois purent , en trois semaines, s'emparer de Lille, qu'une faible armée espagnole défendait , sous la direction d'un jésuite, confesseur de la reine régente. Au sujet de cette victoire durent éclater des transports de joie officiels ; les protestants de Nîmes s'y associèrent avec une bouche souriante, alors que leurs cœurs étaient remplis de douleur pour le présent et de craintes pour l'avenir.

Toutefois, pour conjurer l'orage de plus en plus sombre et menaçant, des hommes de foi et de courage ne tardèrent pas à être appelés, puisque, le 25 avril 4668, Icard , de la province de l'Ile-de- France, et André Lombard, qui avait desservi l'église française de Londres, dite de la Savoie (1), après avoir reçu vocation du consistoire, furent confirmés pasteurs ordinaires par le synode provincial, le premier à la place d'Arbussy, et le second à celle de Roure , qui, à cause de ses infirmités, obtint sa retraite de l'assemblée mixte des trois corps.

(1 ) Cette église tirait son nom du quartier de la ville de Londres où elle était bâtie , et ce quartier tirait le sien de Pierre , duc de Savoie , oucle d*Eléonore , femme de Henri III , qui y avait fait bâtir un magnifique palnis

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La déclaration du 4®^ février 1669 aggrava encore de beaucoup les dispositions déjà si gênantes de celle du 2 avi'il 1666 ; aussi le synode du bas Languedoc*, assemblé à Uzés le 8 mai et composé de soixante-dix pasteurs et de cinquante-trois anciens, après avoir fixé son attention sur les malheurs des temps, célébra, pour apaiser la colère de Dieu qui s'appesantissait ardente et redoutable sur les Eglises, un jeûne extraordinaire, pendant lequel il y eut quatre prédications successives, à Tissue desquelles tous les membres de l'assemblée se donnèrent le baiser de paix et la main d'association , en se recommandant réciproquement à Dieu et à la Parole de sa grâce.

Cet acte public de réunion et de concorde fraternelle était d'autant plus opportun pour l'édification et l'encouragement des fidèles , qu'à cette époque plus que jamais il se commettait des scandales bien propres à affaiblir leur foi comme à diminuer leur zèle. L'un d'eux éclata malheureusement encore cette année-là dans l'Eglise de Nîmes.

André Lombard étant retourné momentanément à Londres pour des affaires particulières , et de Rozel ayant été obligé de s'établir à Montpellier pour soigner sa santé , détruite par la fatigue , un pasteur de cette dernière ville, nommé Etienne de Gursol Dumond , fut chargé provisoirement de le remplacer. C'était un homme sans jugement et de mœurs peu édifiantes ; aussi , dès son entrée en

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fonctions, il afficha si ouvertement les doctrines ^•i hétérodoxes du socinianisme , que le consistoire se vit dans l'obligation de lui interdire la chaire. Cette interdiction, il est vrai, pour être valable, dut être confirmée parle synode du bas Languedoc ; aussi, dans sa première réunion, qui eut lieu le 15 avril 4670, s'erapressa-t-il d'évoquer cette affaire. A celte 46^ nouvelle , Dumond trouva des partisans à Nimes , qui prirent sa défense avec une telle ardeur qu'une sédition populaire assez sérieuse en résulta. Au milieu de ce conflit il eut lui-même la téméraire assurance de se présenter au consistoire et de lui demander un témoignage écrit de sa bonne doctrine et de ses bonnes mœurs , mais il lui fut répondu, par une sommation sévère, de se retirer de l'Eglise sans retard ; il répliqua avec audace : a qu'il n'appartenait qu'au roi de le chasser de la ville , et qu'au reste , il saurait bien obtenir des magistrats, des consuls et du peuple, le témoignage qu'il avait annoncé l'Evangile aux pauvres et aux malheureux. » Quoique les huit jours accordés à la session du synode fussent passés, ce corps donna . suite à ses investigations contre Dumond, et le déposa. Cette mesure disciplinaire , sur le rapport qu'en fit le commissaire , fut cassée par arrêt du 15 mai 1671. Mais le pasteur hétérodoxe embrassa la religion romaine , et le roi lui accorda une pension de 300 livres par an.

Six mois auparavant (1) , la chambre mi-partie de Castres avait été transférée à Castelnaudary, où

(1) 31 octobre 1670.

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no l'exercice du culte n'était pas permis , dans Tespoir qu'un certain nombre de conseillers protestants, empêchés par leur conscience d'y établir leur demeure, demanderaient leur démission.

674 L'évêque Cohon étant mort le 7 décembre précédent, Jacques Séguier, qui occupait le siège de Lombez, lui succéda. D'un autre côté, André Lombard, n'étant pas encore revenu d'Angleterre où il était depuis dix mois, et l'intendant de Bézons ayant écrit au consistoire qu'il ne pourrait point consentir à ce qu'il reprît ses fonctions dans l'Eglise , parce qu'il était sorti du royaume sans autorisation du roi, Pierre Paulhan , pasteur d'Aigues-Mortes , fut chargé de le remplacer.

Gomme la législation devenait de plus en plus sévère, les synodes provinciaux, à qui seuls appartenait le soin de surveiller les vexations extra-légales, jugèrent le moment opportun d'envoyer au roi deux députés pour lui porter l'expression de leurs griefs. Mais ceux-ci ayant eu l'imprudence de faire imprimer leur requête , avant de l'avoir remise à son adresse, le gouvernement profita de cette faute pour leur refuser toute audience, et les faire mettre à la Bastille , où ils demeurèrent prisonniers pendant un mois.

Séguier inaugura son épiscopat à Nîmes en présentant une requête au conseil , dans laquelle il exposa que , depuis longues années , les réformés

â68 HIStOlRE DE L^ÉGLISB RÉI^RMÉE DE NtMËS.

avaient dans leur temple des bancs fermés, garnis <*'< de tapis, et sur les dossiers desquels étaient peintes les armoiries des familles nobles, des corporations ou de la cité ; que , de plus , les magistrats et les consuls, pour se rendre au service divin, se réunissaient chaque dimanche à l'hôtel de ville , revêtus de leurs robes rouges et de leurs chaperons , d'où ils partaient suivis d'un nombreux cortège, qui les accompagnait au même lieu à leur retour. Et comme ce cérémonial n'avait jamais été permis par aucun édit , il en demanda la suppression immédiate ; si sa réclamation avait été isolée, elle serait peut-être restée quelque temps sans résultat. Mais comme elle coïncida avec celle du même genre de plusieurs prélats qui s'étaient probablement concertés, et que surtout les agents généraux du clergé de France l'appuyèrent de leur haute influence , un arrêt , rendu le 49 février 1672 , généralisa à <67 toutes les Eglises la défense « d'avoir dans leurs temples des bancs et des sièges élevés pour les magistrats, les consuls et les échevins, avec des fleurs de lis, les armes du royaume, des villes et des communautés ; et aux magistrats, consuls et échevins, de porter, en allant dans ces temples, aucune marque de magistrature et de consulat. »

Cette année-là le consistoire reçut une lettre écrite par huit protestants esclaves entre les mains des Turcs, à Tripoli, de Barbarie (1) , dans laquelle ces pauvres malheureux conjuraient, d'une manière

(1) Elle avait été signée au nom de tous par Morel de Vais et Louis ViMé , de Châlelierault.

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