CHAPITRE XV
'*^^ fort touchante , les pasteurs et les anciens de leur faire ressentir les effets de leur charité et de leur procurer l'assistance des autres Eglises du royaume. Cette lettre , à cause de cette dernière demande , fut renvoyée au synode, qui la prit en sérieuse considération et chargea l'Eglise de Nîmes de recueillir les dons nécessaires au rachat de ces huit esclaves , de les envoyer ensuite à des personnes connues de Tripoli , et d'en rendre compte à la compagnie Tannée suivante.
Ce compte fut rendu, en effet, le 3 mai 4673 (1) ; mais réveil avait été donné , et comme l'arrêt de 4666 , amplifié par la déclaration de 4669; défendait aux réformés d'entretenir des correspondances avec les autres provinces , de leur écrire sous prétexte de charité , et de faire aucune levée de deniers sur eux sous prétexte de collectes , il fut ordonné par le conseil au consistoire de justifier dans un mois , devant l'intendant de la province , d'où provenaient les fonds qu'il avait entre ses mains , sous le prétexte de la rédemption des esclaves , afin que , sur l'avis qu'il en donnerait , il en fût disposé comme le roi le trouverait bon.
Le pasteur de Rozel , qui s'était retiré à Montpellier pour soigner sa santé , avait été donné à cette Eglise par le synode provincial , et André Lombard , revenu d'Angleterre , ne pouvant plus exercer son ministère en France , à cause de son
^"^^ interdiction, demanda son congé, le 48 avril 4674, afin que s'il ne pouvait pas obtenir son rétablisse-
(1) Les souscriptions avaient produit 1,1 i2 livres.
370 HISTOIRE OB l'ÉGLISB RÉFORMÉE DE NIMES.
ment en cour, il pût du moins se retirer en paix ^^^ là où la providence de Dieu lui offrirait un asile. Sa cause n'était pas cependant désespérée, puisque, s'étant rendu à Paris , il obtint un ordre du roi qui l'autorisa à retourner à Nimes et à y reprendre les fonctions de son ministère.
Pendant cet intervalle, Icard, l'un de ses collègues , avait été soumis à une grande épreuve : comme, dans le but de contribuer plus efficacement à l'édification des âmes, il avait fait imprimer l'un de ses sermons, en ajoutant sur le titre, à la suite de son nom , sa qualité de ministre de la religion réformée , sans y ajouter l'épithète de prétendue y c'en fut assez pour que le prèsidial en fît. saisir tous les exemplaires et le décrétât lui-même d'ajournement personnel devant le parlement de Toulouse. 11 fut, en effet, obligé d'y comparaître; mais le consistoire, les magistrats et les consuls ayant pris fait et cause pour lui, obtinrent qu'il ne serait plus inquiété. Cet incident seul serait un indice que Vinieiition du roi n'était pas encore , comme l'écrivait M"™® de Maintenon , au comte d'Aubigné son frère, gouverneur de Berry, d'attirer des gens, plus malheureux que coupables , à l'Eglise romaine par la voie de la persécution violente (4). Cette conjecture , quoique peu probable au fond , peut encore être étayée de la nomination du comte de Schombergau maréchalat, qui eut lieu le 30 juillet 4675, 167! aussitôt que Turenne fut mort à Sasbach , quoi-
(1) Rulhières, Eclaircissements sur les causes de la révocation de redit de Nantes, t. I, p. 83.