CHAPITRE XV
^ que cet homme de guerre eût refusé positivement d'apostasier , à l'exemple de son prédécesseur.
Ces faibles et rares dédommagements ne faisaient pas faiblir la vigilance du consistoire ; aussi le trouvons-nous occupé, cette année-là, à prendre trois mesures successives tendant à détruire la superstition , à réprimer le luxe et à bannir jusqu'au moindre soupçon de brigue dans la nomination de ses membres.
Pour atteindre ce dernier but, il décida qu'à l'avenir, quand il s'agirait de nommer les anciens et les diacres, chaque votant prononcerait un serment solennel par lequel il déclarerait qu'il ne s'était pas assemblé avec d'autres pour convenir secrètement ensemble du choix des candidats, menaçant ceux qui seraient trouvés coupables de ces intrigues, non-seulement de les priver du droit de voter, mais encore de les rendre passibles des peines déterminées par la discipline.
76 Lorsqu'il fallut renouveler le consistoire pour 4676, on commença par faire lecture de cette délibération afin d'en exiger l'observation rigoureuse ; mais un pasteur, quatre diacres et deux anciens refusèrent de s'y soumettre, appelant cette mesure inquisitoriale et tyrannique. Le modérateur les invita à sortir de la séance afin que l'assemblée pût examiner librement la nature de ce refus, qui pouvait devenir l'occasion d'un schisme. Après leur retraite , les membres restants furent d'avis que leurs collègues devaient être censurés et s'abstenir de participer à la nomination, qui se fit à l'instant,
372 HISTOIRE DE l'église RÉFORMÉE DE NIUBS.
quoique le nombre des votants fût réduit, par cette *'^ décision, à quatorze.
Cet acte rigoureux fut attaqué comme illégal devant le synode, qui reconnut qu'il n'y avait pas lieu d'avoir recours au serment dans une semblable occurrence , et qui , par cela même , fit défense au consistoire de Nîmes de l'exiger à l'avenir. Il ne l'exigea pas, en effet; mais qu'arriva-t-il? c'est que le clergé , qui se réjouissait déjà ouvertement c de la démolition de tant de temples que la violence avait érigés à l'idole du mensong;e, et de la suppression de tant de collèges qui étaient des séminaires de perdition; pour porter un dernier coup à l'hydre monstrueuse de l'hérésie (4) , » employa, dès ce moment, les séductions secrètes, des récompenses pécuniaires, et, plus heureux que le sanhédrin , qui ne trouva dans le collège apostolique qu'un Judas, il sut, par ses ruses, en trouver plusieurs et des plus influents dans Je consistoire de Nîmes , qui n'y entrèrent que pour l'espionner et le trahir.
Dans le mois de février 1677, le pasteur André 46T7 Lombard demanda un congé de quatre mois pour aller voir son frère, à Angers (2). La compagnie, sa-
(1) Paroles tirées du discours adressé au roi par le coadjuteur d^Arles (ancien évéque d*Uzès) au nom de l*assemblée du clergé.
(2) C'était le pasteur Lombard qui, en 1684, fut accusé, avec son collègue Dutemps, de s'être déguisés en évéques et en prêtres pour