CHAPITRE XV
•^T7 chant que ce pasteur n'avait aucune raison importante qui le forçât à entreprendre ce voyage , résolut non-seulement de lui refuser l'autorisation de le faire, mais encore il chargea son modérateur de lui représenter' que l'honneur et la conscience devaient empêcher tout ministre du saint Evangile de quitter son troupeau sans nécessité ; que lui en particulier était obligé, plus qu'un autre, à remplir les fonctions de sa charge avec assiduité, puisqu'il avait fait plusieurs absences depuis son établissement dans l'Eglise, dont la dernière lui avait été si funeste , et qu'à cause de cela il devait reconnaître par ses services l'affection que les fidèles lui portaient. A l'ouïe de cette résolution et de ces conseils. Lombard déclara que, puisqu'on lui refusait son congé provisoire, il voulait être entièrement libéré du ministère dans l'Eglise ; et que, par suite de cela , le consistoire devait pourvoir à son remplacement pour la semaine suivante, du soin de laquelle il se déchargea entre ses mains.
La compagnie , informée de celte réponse étrange , fit signifier à Lombard que, puisqu'il demandait son congé absolu , il devait s'adresser, pour l'obtenir , à l'assemblée mixte des trois corps , qui seule avait le droit de le lui accorder ou de le lui refuser, et que , jusqu'à cette décision , il devait continuer à
touraer en ridicule les cérémonies du culte romain , accusation qui fut reconnue calonmieuse par le parlement de Paris, devant lequel ils avaient été conduits , enchaînés comme des brigands , qui les fit remettre en liberté , en les condamnant toutefois à Tinterdiction de leur ministère et à 70 livres d*amende. L*arrét ordonna, selon Tusage, la démolition du temple d'Angers {France prolestante, t. IV, p. 51 i).
S74 nisroiRE de l'église réformée de nimes.
remplir ses fonctions; que s'il ne le faisait pas, et ^677 que par sa faute les exercices de piété fussent interrompus, on procéderait contre lui pour lui faire rendre compte d'une cessation aussi scandaleuse. — Ce conflit ne fit que s'envenimer de jour en jour; et ce ne fut que six mois après que le synode provincial y mit un terme, en libérant Lombard de l'Eglise de Nimes , pour l'envoyer à Calvisson.
Le départ de Lombard coïncida avec la mort de Jacques Deyron. Son père, auteur d'un journal sur les événements de l'Eglise de Nîmes , avait été consul; lui-même avait été revêtu de cette charge pendant deux fois ; il était alors l'un des membres les plus éclairés du consistoire ; il s'était donc occupé des affaires religieuses et civiles de la cité ; cela ne l'avait pas empêché cependant de se livrer à la culture des sciences antiques et généalogiques. Après avoir publié un ouvrage sur les antiquités de la ville de Nîmes, qui eut trois éditions, il le fit suivre de divers écrits de généalogie , dont le plus remarquable est consacré à celle de Louis de Baschi , baron d'Aubais , second fils de Balthazar Baschi, famille originaire de l'Ombrie, dont le chef, Thaddée, se convertit au protestantisme en 1574. — La mort de Deyron occasionna des regrets sin- • cères parmi les savants du royaume comme parmi les hommes pieux de l'Eglise (1).
Cette dernière, privée du ministère de Lombard, reçut à sa place celui de Jacques Peyrol , pasteur
(1) Ménard, t. VI, p. 235.
CDAPITRE XV. 275
^678 de Sommières, que le synode confirma le 18 octobre 1678.
A cette époque, la caisse spéciale des conversions, que le cardinal Le Camus, évêque de Grenoble, avait imaginée, se trouvait sous la direction de Pélisson, qui se vantait d'en avoir déjà obtenu jusqu'à huit cents, moyennant la somme de 6,000 livres. D'un autre côté l'extinction des privilèges accordés aux réformés devenait alarmante , ce qui fut cause que le marquis de Ruvigny se démit de ses fonctions de député général des Eglises, en faveur de son fils, Henri, qui les remplit jusqu'à la révocation de l'édit de Nantes , malgré qu'il ne fût âgé que de trente ans, avec convenance et fermeté; mais ses efforts et son zèle ne purent empêcher qu'un arrêt du conseil, du 12 décembre, n'ordonnât qu'à partir du premier janvier suivant, les réformés seraient exclus du consulat comme du conseil politique de la ville. Cette mesure rigoureuse détruisit, par cela même, l'assemblée mixte des trois corps qui , quoique déjà modifiée , n'en avait pas moins persévéré à diriger les affaires majeures de l'Eglise.
4679 A mesure que la main de l'homme arrachait ainsi , l'une après l'autre, les branches de l'arbre évangélique planté à Nîmes , celle de Dieu à son tour en enlevait les plus beaux fruits. En 1679, en effet, deux savants distingués , Pierre Formy et Gaillard Guiran , furent ravis parla mort. — Le premier s'était fait con-
276 HISTOIRE DE l'ÉGLISB RÉFORMÉE DE NIMES.
naître comme médecin célèbre, puisqu'il avait été ^^*^^ attaché, en cette qualité , à Gustave Adolphe , roi de Suède, quand il visita le midi de la France. Ce monarque l'avait même sollicité à le suivre dans ses Etats , mais Formy avait préféré la vie paisible de la famille à Tagitation de la cour. 11 s'était marié avec Antoinette Petit, et avait écrit une notice biographique en latin sur son beau-père Samuel Petit (1). 11 mourut le 5 juillet, et laissa deux fils, Pierre Formy, qui embrassa la carrière des armes , et Jacques Formy, celle de la médecine.
Gaillard Guiran , ditla biographie universelle , avait été un jurisconsulte habile et un savant antiquaire. Il s'était particulièrement occupé des antiquités de sa ville natale , et avait composé sur elle un ouvrage plein d'érudition qui n'a pas été publié , mais dont deux copies manuscrites se trouvent dans la bibliothèque du collège (2). Sorbière faisait un grand cas de sa science, et Louis Xlll l'avait employé, quoique protestant , dans plusieurs commissions importantes; et comme il s'y était montré aussi habile que fidèle , il avait obtenu , pour récompense de ses services, l'autorisation d'accepter une charge de conseiller au parlement d'Orange, que le prince de Nassau, charmé de son mérite , lui avait offerte, et de continuer néanmoins à remplir son office de conseiller au présidial de Nîmes, où il résidait
(1) Celle notice, intitulée : Vita Sam. Petiti, professons theologi in academia nemausensis , fut imprimée en 1663 , in-4o^ et dédiée à l'université d'Oxford. .,.
(2) Ce sont les no* 13799 et 13800 du catalogue,