CHAPITRE XV
679 d'ordinaire , ne passant à Orange que quelques mois de Tannée (1).
Le deuil était utile à une Eglise déjà placée sous la croix des persécutions ; aussi la voyons-nous, à mesure qu'il lui est interdit de s'occuper des affaires extérieures, se replier sur elle-même, pour s'humilier par des jeûnes fréquents, et prendre ensuite des moyens efficaces pour assurer : — l'instruction des enfants du peuple , menacés de devenir la proie ou d'une ignorance dangereuse ou d'un prosélytisme ardent ; — la subsistance des orphelins et l' des infirmes , en plaçant les premiers en apprentissage chez des ouvriers connus par leur attachement aux principes évangéliques , et les seconds dans une maison du faubourg de la Madeleine, louée pour leur servir d'asile ; — enfin, la correction des irrévérences qui se commettaient dans les assemblées publiques de dévotion, en faisant publier un acte du haut de la chaire , pour supplier les auditeurs à se souvenir « de la froissure de Joseph » et à gémir sur la désolation de l'Eglise.
680 Ces mesures furent prises à l'époque où le roi, voulant affermir ce qu'il appelait la foi orthodoxe, et retenir dans l'Eglise romaine tous ceux que leur conviction, leur conscience et le salut de leur âme immortelle décidaient encore tous les jours et partout à faire une profession ouverte des pures doctrines de l'Evangile, après avoir incorporé au parlement de Toulouse la chambre de Castelnaudary (2) ,
(1) Ménard, t. IV, p. Î52.
(2) Edil de jttillet 1679.
et défendu de tenir des synodes sans sa permis- *Wi sion (1), donna, dans le mois de juin 1680, un édit , par lequel il défendit à tous ses sujets faisant profession de la religion catholique , apostolique et romaine, de quelque condition, qualité, âge ou sexe qu'ils fussent, de ne plus la quitter pour passer à la religion prétendue réformée, comme plusieurs Tavaient fait par séduction ou par l'intérêt imaginaire de leur fortune, sous peine de l'amende honorable, de bannissement perpétuel hors du royaume, et de la confiscation de tous leurs biens. 11 y était ajouté que si les ministres recevaient des catholiques dans leur religion, ou s'ils souffraient même la présence de quelques-uns d'entre eux dans leurs assemblées religieuses, ils seraient non-seulement privés pour toujours de leurs fonctions, mais encore l'exercice de leur culte serait interdit dans les lieux où un seul catholique aurait abjuré.
Aussitôt qu'on connut à Nîmes le contenu de cet arrêt, Févêque Séguier fit chanter le Te Deum dans la cathédrale , et les consuls , pour la première fois tous les quatre catholiques, assistèrent, revêtus de leurs chaperons , et suivis de tous les membres du conseil politique, à la lecture solennelle qui en fut faite à l'audience du présidial; après quoi, ils en firent eux-mêmes la publication , avec grande pompe et acclamations de joie, dans tous les carrefours de la ville.
De tous les arrêts qui parurent après celui-là ,
(J) Déclaration du 10 octobre.