CHAPITRE XVI
IWS de famille auxquels on enleva leurs enfants , sous les plus futiles prétextes , pour les confier au clergé. Aussi en envoya-t-on un grand nombre en Angleterre pour les soustraire à la funeste influence des convertisseurs ; le roi Charles II les prit si ouvertement sous sa protection, qu'André Lombard , l'ancien pasteur de Nîmes qui était retourné à Landres (1), lui fit une harangue publique, dans laquelle il parla avec éloquence de la justice du secours qu'il accordait à ces enfants persécutés , comme de la reconnaissance que ses coreligionnaires français auraient en tout temps de cette faveur. Cette allocution fit grand bruit , des copies en furent répandues dans les provinces, et fut cause que les intendants reçurent Tordre d'agir avec moins de sévérité (2).
Mais il ne se commettait pas moins en tous lieux des dénis de justice. Voici celui que les consuls autorisèrent, le 45 avril 1682. .Le service divin fut troublé ce jour-là par dix à douze écoliers des jésuites , qui pénétrèrent par l'allée de la Madeleine jusqu'à la porte intérieure du temple ; et là ils firent un bruit tellement scandaleux , que , malgré que plusieurs personnes, dont ils troublaient la dévotion, les priassent honnêtement de se taire, ils n'en continuèrent pas moins leurs ébats , ne répondant que par des injures lancées à la fois contre ceux qui
(1) Il n*était donc reste que peu de temps à Calvisson. Il mourut à Flessingue , ville des Pays-Bas ( Remarques hist , crit. et philos, du Nouveau-Testament, par J. Beausobre , t. II, p. 310).
(2) Benoît, Histoire de Védit de Nantes, t. III, p. 491,
282 niSTOIRE DE L ÉGLISE RÉFORMÉE DE NIMES.
leur parlaient , contre la religion et contre le tem- ^^^ pie lui-même, dans le but évident de porter les auditeurs à quelque désordre éclatant. Deux de leurs maîtres arrivèrent sur ces entrefaites ; mais, au lieu d'interposer leur autorité , ils ne firent qu'augmenter le scandale , en refusant de mettre bas leurs bonnets carrés , quoiqu'ils eussent pénétré jusque dans l'enceinte de l'édifice au moment où le pasteur faisait la prière. Le peuple, tout indigné qu'il était, se contint, mais le consistoire porta immédiatement plainte aux consuls, qui n'en tinrent aucun compte.
Dans la séance où ce corps décida de faire cette démarche; dont il ne prévoyait pas encore le résultat, le modérateur fit lecture d'une lettre de Montpellier, datée du 49 novembre, adressée au pasteur Peyrol , qui annonçait que, par arrêt du parlement de Toulouse, de Bordieu père, ministre de cette ville, était pour toujours interdit de ses fonctions,, que l'exercice du culte évangélique y était aboli , et que le temple devait être démoli dans la quinzaine suivante. Tout cela, parce qu'une jeune fille, nommée Isabeau Paulet , échappée du couvent des filles de Saint-Charles, où l'on n'avait pu la convertir, avait, repris sa place dans le temple à l'une des prédications de de Bordieu , qui lui-même l'ignorait.
Le consistoire de Nîmes ressentit une douleur d'autant plus vive en apprenant ces désespérantes nouvelles , qu'on avait déjà tenté de lui appliquer une mesure semblable, sous le prétexte qu'une servante catholique de Beaucaire avait reçu la cène de la main de Peyrol. Aussi fit-il partir im-