CHAPITRE Xn. âSS
1683 Bruguicrfutceluiquise laissa le plus impressionner par ces graves événements. Ce corps venait de le décharger deux jours auparavant des fonctions de son ministère, à cause de ses infirmités, en lui conservant les honneurs, dignités, prééminences qui leur étaient attribués ; aussi, dans la séance du 13 janvier 1683 , en présentant ses remercîments à ses collègues, les exhorta-t-il à demeurer fermes dans leur attachement à la seule doctrine qui est la vérité et sur le maintien de laquelle reposait la paix de TEglise , se proposant lui-même d'en faire la nourriture de son âme, comme il en avait fait celle des fidèles qu'il avait évangélisés depuis quarante années (1). Il ne tarda pas cependant à rendre compte de son administration devant le Seigneur , puisqu'il mourut l'année suivante, à l'âge de 80 ans.
Le dimanche, 9 mai, pendant la prédication qui se faisait à midi, deux jeunes gens catholiques entrèrent dans le temple et s'y comportèrent avec une telle irrévérence , que Maillan , conseiller au présidial , les fit arrêter et mettre en prison. Le lendemain lundi, dans le temps que Cheiron était en chaire pour faire la prière du soir, deux soldats catholiques aussi se présentèrent «de nouveau, troublèrent l'assemblée , répondirent avec insolence à ceux qui les priaient de se retirer, et, mettant la main sur la garde de leurs épées , menacèrent la foule, qui jeta des cris de frayeur et se dispersa en tumulte. Le lendemain, les membres du présidial
(t; Il en avait passé vingt-six au service de TEglisc de Nîmes.
demandèrent que deux ministres et quelques an- *W ciens se rendissent au palais pour y recevoir leurs ordres. Cheiron et Paulhan y vinrent accompagnés de Saint-Cômes et de Veyret; ils furent aussitôt introduits dans la chambre du conseil , où le président de Rochemaure leur dit qu'à la réquisition des gens du roi , il les avait mandés pour leur représenter qu'ils n'avaient pas le droit de rebuter les catholiques quand ils allaient dans leur temple, comme ils l'avaient fait la veille , et que si cela se renouvelait il rendrait les pasteurs et les anciens responsables de tous les événements qui pourraient arriver , pour en répondre en leur propre et privé nom.
Cheiron répondit que ce qui était arrivé n'était qu'une terreur panique que les membres du consistoire s'étaient efforcés d'apaiser et qui n'avait eu aucune suite. Le consistoire ne se contenta pas cependant de cette justification verbale, mais il envoya . à la fois un mémoire au roi, à son conseil, au lieutenant général et à l'intendant de la province.
Malgré ces démarches , l'état des choses ne fit qu'empirer. Le 18 mai, en effet, il fut publié, à l'audience du présidial , une nouvelle ordonnance du 8 mars précédent, qui prescrivait que « les ministres de la religion prétendue réformée, qui recevraient à l'avenir aucun catholique à faire profession de cette religion, ou les souffriraient dans les temples et prêches, et qui y recevraient et souffriraient aussi aucun de ceux qui l'auraient abjurée pour embrasser le catholicisme, seraient condamnés à faire amende honorable et au bannissement perpé-