‹ Histoire de l'Église réformée de NîmesChapitre 124 sur 227 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

♦W3 tuel hors du royaume , avec confiscation de tous leurs biens. »

Et par une contradiction étrange, bien propre à lasser la patience la plus angélique (1) , deux jours après une autre déclaration ordonna qu'il y aurait dans les temples un lieu marqué, ou pourraient se mettre les catholiques , qui , portés d'un zèle pour le bien et l'accroissement de la religion, désireraient assister aux prêches.

N'était-ce pas là organiser un système d'espionnage légal et rendre la position des réformés intolérable ? Quel parti prirent-ils dans une extrémité aussi pressante ? Les provinces qui étaient en deçà de la Loire formèrent un comité de seize membres, qui se réunit secrètement à Toulouse, où, à raison même de l'état exalté de l'opinion catholique , il n'y avait pas à craindre qu'il fût découvert et inquiété. L'avocat Claude Brousson le présida. Il y fut décidé que toutes les Eglises devaient prendre une sainte et généreuse résolution pour donner gloire à Dieu en s'abandonnant à ses compassions et à sa sage providence. Dans ce but il formula un projet en dix-huit articles, qui prescrivait que, le 27 juin suivant , toutes les Eglises interdites s'assembleraient pour rendre à Dieu les adorations et les hommages qui lui sont dûs ; que , pendant les prières et le prêche , les portes des temples resteraient ouvertes ; que, dans les lieux où ces édifices avaient été abattus , on se réunirait dans des endroits écartés et solitaires ; que , tous ces

{i} lin proverbe l'appelait ; patience de huguenot.

âS8 HISTOIRE DE L^ÉGLISB RÉFORMÉE DE NiHBS.

services religieux ne seraient tenus , ni avec un *68a éclat qui pût occasionner du désordre , ni avec un secret qui les empêchât d'être remarqués , parce qu'on désirait qu'ils le fussent et que la cour ellemême en fût instruite, pour lui prouver que l'abolition du protestantisme en France n'était pas aussi facile que quelques courtisans, gagnés par les jésuites, le supposaient (1).

On ne pouvait rien faire de plus chrétien , de moins dangereux , ni de plus modéré que ce projet , puisque le lamentable état où les réformés avaient été réduits par leurs adversaires, contre la foi publique , la parole royale et la religion du serment, les avait mis dans l'obligation de prendre une résolution semblable.

Ce fut Claude Brousson lui-même qui se chargea de porter cette délibération à Nimes. 11 y était né en 1647, de Jean Brousson et de Jeanne Parades, et, après y avoir fait ses études, il ne l'avait quitté que pour aller exercer sa profession d'avocat devant la chambre mi-partie de Castres , qu'il avait suivie à Castelnaudary et ensuite à Toulouse , où , pendant vingt ans , il s'était montré le protecteur désintéressé des pauvres , comme le zélé défenseur des Eglises opprimées. 11 comptait encore dans sa

(1) Apologie du projet des réformés de France, par Claude Brousson, p. 104 à 110.

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