‹ Histoire de l'Église réformée de NîmesChapitre 129 sur 227 · CHAPITRE XTII. S · texte numérisé non relu

CHAPITRE XTII. S

683 qu'à s'emparer de la ville à main armée , avec le secours des habitants des Cévennes, qu'ils savaient être prêts à marcher au premier signal.

C'était réorganiser la guerre civile. Mais ce complot coupable fut déjoué par une trahison. Les faux frères du parti des timides ou politiques le dénoncèrent aux officiers du présidial, qui commencèrent le jour même des poursuites judiciaires contre les conjurés. Le comte de Roure, de son côté, pour leur venir en aide, fit venir des troupes d'Anduze, afin de les arrêter. Le baron de Saint-Cômes et le président de Rochemaure furent chargés dé leur donner des renseignements précis ; pour le faire avec sûreté , ils allèrent ensemble à leur rencontre jusqu'à la Croix-de-Fer; là ils se croisèrent avec un homme à cheval qui venait du côté des Cévennes; ils le prirent pour un dragon d'avant-garde, et lui demandèrent à quelle distance pouvaient être ses camarades qu'ils attendaient. Celui-ci, qui était de Nîmes, reconnut ses interrogateurs mystérieux ; et comme il appartenait lui-même au parti des zélés^ou de la résistance , il s'empressa d'aller avertir Icard , Peyrol et Brousson de ce qui se tramait contre eux et leurs associés. Les étrangers étaient déjà partis; il ne restait que ceux de la ville ; et comme la nuit était sombre , puisqu'il pleuvait par torrents , ils purent sortir de leurs domiciles sans être découverts, pour aller chercher un asile chez des amis ; aussi , malgré les plus actives recherches , on ne put trouver que Fonfroide , gentilhomme fort zélé , qui seul n'avait pas été averti, et qui se sauva même ,

S98 HISTOIRE DE l'ÊGLISE RÉFORMÉE DE NIMES.

parce que , à sa place , on s'empara de son frère , ^6^ couché dans le même lit que lui, qu'on relâcha après avoir reconnu la méprise.

Le désappointement du duc de Noailles, qui s'était rendu à Nîmes avec le régiment de Barbezières pour opérer ces arrestations , fut extrême; aussi, après avoir fait fermer les portes de la ville,, il défendit à ses habitants, sous peine de mort et de démolition de leurs maisons, de recevoir chez eux les proscrits. Ceux qui les avaient cachés tremblèrent aussitôt, et quelques-uns résolurent de les livrer à la justice ; de ce nombre se trouvèrent les hôtes de Brousson ; reculant pourtant devant cette infamie, ils le prièrent seulement de se retirer ailleurs. Il sortit donc le soir même de leur maison, ne sachant où aller; pendant deux jours et trois nuits il erra à l'aventure , se cachant dans des réduits obscurs , transi de froid , mourant de faim , traqué par le guet , arrêté ,* interrogé, relâché miraculeusement. A force de recherches et d'observations , il découvrit que le grand égout , dont l'orifice se trouvait dans la grande rue , en face du collège des jésuites (1), pourrait lui offrir une issue favorable pour s'échapper ; il y entra donc en hésitant , le parcourut en rampant au milieu d'une boue noire et puante , et, après des efforts inouïs, étant parvenu à sortir dans le fossé des Calquières, il partit incontinent pour les Cévennes , d'où il put se réfugier en Suisse.

(1) Cet ëgoat fîit détruit par délibération du conseil de ville du 25 janvier 4744.

Page 1