CHAPITRE XYII
^3 jusqu'aux tiers détenteurs dont les biens acquis de bonne foi avaient été possédés par eux depuis vingt-deux ans (1). » Le consistoire , privé par ce moyen de toute ressource pécuniaire , résolut de vendre l'argenterie qui servait à Fadministration de la sainte cène , et d'en employer le montant à la nourriture des pauvres. Ce fut le dernier acte véritablement protestant qu'il accomplit.
84 Après la ruine des institutions les plus sacrées vint la flétrissure des hommes les plus honorables. La cour du présidial, qui, dans le mois d'octobre précédent , avait commencé à instruire une procédure judiciaire contre les ministres du plat pays réunis illégalement en colloque, prononça çon jugement dans son audience solennelle du 26 juin 1684; l'intendant d'Aguesseau la présidait. Les condamnations furent difi'érentes , selon que l'on crut que ces pasteurs avaient plus ou moins pris part au projet de résistance émané du comité de Toulouse, quoique aucun d'eux n'eût commis le moindre acte de violence. Ain$i, Icard, pasteur de Nîmes , regardé comme l'instigateur de la séance secrète tenue dans cette ville, fut condamné par défaut à être rompu vif; son collègue Peyrol a être pendu, ainsi que de Laborie, pasteur à Uzès, ce qui fut exécuté en eflîgie sur la place du Marché , le 3 juillet suivant. Neuf de leurs associés du colloque subirent une interdiction , ou temporaire ou perpétuelle , et payèrent des amendes qui varièrent de 100 livres à 300 cents; cinq autres,
(1) Hist. chronol. de VEgL protest. ^ t. II, p. 190.
304 HISTOIRE DB l'ÉGUSB RÉFORMfiB DB NIHBS.
enfin , furent décrétés de prise de corps , et tous *<* forcés à établir leur résidence à six lieues de distance au moins des Eglises qu'ils avaient desservies. De cette manière , plus de vingt localités des environs de Nîmes se trouvèrent privées de tout exercice religieux (1).
Au milieu de ces vexations impitoyables parut un nouveau projet de réunion , que l'intendant de Montpellier fit communiquer par Tun de ses affidés, nommé Bagnols , à Cheiron, ministre de Nîmes, afin qu'il avertît ses coreligionnaires que, s'ils voulaienf éviter les maux dont ils étaient menacés , il était temps encore d'accepter cette dernière ouverture d'accommodement qui en était le seul remède. Mais comme ce projet , plein d'équivoques , de pro^ messes illusoires et de lâches concessions sur des articles où la conscience ne permet pas d'en faire , ne convenait pas plus aux jésuites , dont la doctrine favorite y était clairement condamnée, qu'aux réformés dont les principes scripturaires y étaient détruits, il n'eut pas d'autre suite.
Dans le mois d'août parut l'arrêt qui , par ses conséquences , devait occasionner la ruine entière de l'Eglise; il portait : « que les habitants des villes de Nîmes, d'Uzès et de Castres justifieraient, par actes et forme probante , et cela dans deux mois, que l'exercice de la religion avait été fait publiquement et sans interruption pendant les années 1596 et 1597. » •
(1) Benoît , t. III , liv. XX , p. 669. Apologie du projet des réf, de France, p. 857.
ghâpitbb xtii. 305
I68B Cette déclaration , inexplicable dans ses motifs , ne fut cependant signifiée au consistoire que le samedi 6 janvier 1685; il s'empressa, pour satisfaire à ses exigences , de nommer dix commissaires , qui furent chargés de rechercher avec soin , soit au-dedans , soit au-dehors de la ville , tous les tttres et actes qui justifiaient que les chrétiens réformés avaient été mis en possession de l'exercice de leur culte depuis 1565, et qu'ils l'avaient célébré sans interruption depuis cette époque.
Ce travail était difficile; l'arrêt prescrivait de prouver que les exercices religieux avaient été célébrés sans interruption, et ses auteurs croyaient la preuve impossible , parce qu'ils avaient trouvé dans une requête, que les réformés nîmois présentèrent à Henri IV, au mois de janvier 1597, des plaintes sur ce que les catholiques les empêchaient de se réunir publiquement. De plus , les commissaires ne purent avoir recours à la déposition testimoniale, vu qu'en 1685 il ne vivait personne qui pût rendre témoignage de ce qui s'était passé il y avait quatre-vingts ans , et, supposé même qu'il en eût existé, leur affirmation n'aurait pas été valable, puisqu'un arrêt du conseil, du 7 août 1662, époque où déjà le clergé catholique avait contesté aux réformés le droit d'exercice dans toutes les paroisses du royaume, avait décidé que ces derniers ne seraient pas admis à prouver ce droit par témoins , mais par actes tant seulement. A l'exclusion de cette preuve, ils ne pouvaient pas y substituer celle des délibérations du consistoire , des colloques et des synodes, parce que, disait l'arrêt ,
a le premier synode national s'étant tenu à Paris ♦< en 1559, dans le même temps qu'on faisait brûler vivants ceux qui étaient convaincus d'avoir embrassé cette religion nouvelle , ces registres pouvaient regarder des assemblées secrètes et nocturnes, > tandis qu'il n'était question que des exercices religieux faits publiquement en 1596 et 1597. •
Dans l'embarras extrême où se trouvèrent les commissaires, ils se bornèrent à décider, le 28 février, qu'un jeûne public serait célébré le 18 mars suivant, et que deux anciens, Reslaurand et Saint-Cômes , seraient envoyés à Paris pour faire des remontrances au roi, en soutenant devant lui, par tous les moyens justes et raisonnables, les titres et les droits de leur Eglise.
Ils partirent donc sans retard ; mais Saint-Cômes se rendit dans la capitale avec d'autres intentions que celles de remplir la mission dont il avait été honoré , puisqu'il y arriva avec la résolution de tenir la promesse qu'il avait faite au duc de Noailles un an auparavant; il l'a tint, en effet, et il fut reçu catholique par l'archevêque de Paris, dans la chapelle du duc, en sa présence et en celle du maréchal son fils. Mais on tint la chose secrète , afin qu'il pût servir dans les conversions générales qui se préparaient (1). Aussi revint-il à Nîmes en poste dans ce but; il y était arrivé le 18 avril, puisqu'il y assista à la séance consistoriale qui signala l'approche définitive de la catastrophe de l'Eglise.
(1) Mémoire écrit par Saint-Cômes à Saint-Gilles, le 29 janvier 1699, et envoyé au marquis de Ghâteauneuf.