‹ Histoire de l'Église réformée de NîmesChapitre 135 sur 227 · CHAPITRE XYIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XYIII

686 preuve la manière droite et ouverte avec laquelle il se comporta , lorsque le projet de réunion des deux Eglises lui fut communiqué, en 4684, par Bagnols, de Montpellier; le zèle qu'il manifesta jusqu'au bout dans le service de son Eglise , et surtout l'enthousiasme et les mouvements oratoires qui caractérisèrent sa dernière prédication dans le temple de la Calade. Mais s'il était doux et paisible de caractère , il n'en devint pas moins jaloux de ses collègues Icard et Peyrol, dont il ne partageait ni le zèle ni le dévouement; et cette jalousie le rendit contredisant et adversaire , par esprit d'opposition et de parti , de toutes les mesures que les zélateurs proposaient. Son dernier sermon lui donna de l'inquiétude, parce que ses protecteurs lui firent craindre qu'il n'attirât sur lui quelque disgrâce , et comme il était fort ambitieux, la terreur qui s'empara de son âme dans laquelle il n'y avait aucun principe de désintéressement et d'abnégation personnelle, le porta à s'abaisser, pour faire fortune, jusqu'aux plus honteuses complaisances. Si les catholiques firent un grand triomphe de sa conversion , parce qu'elle servit de pré- . texte à la faiblesse de beaucoup d'autres pour l'imiter , les protestants gardèrent contre lui une si grande rancune que , pour se garantir de leurs insultes, il ne put plus sortir de la ville qu'entouré de soldats; on lui criait : « Que vous dira Esaïe ? D Et cela , parce qu'il avait expliqué tout le texte de ce prophète. Un jour qu'il allait à sa campagne, il entendit ces cris : au loup ! au loup! Saisi de frayeur , il demanda à un passant où se

318 HISTOIRE DB l'ÉGLISB RÉPORHÉB DE NIMES.

trouvait l'animal Carnivore. < Ne craignez rien , l^W lui répondit-il , on veut désigner par là seulement un berger qui a livré son troupeau au loup. > Il comprit l'allusion qui remplit son coeur d'amertume. M^ne du Noyer raconte, dans les mémoires de sa vie , que , dans une visite qu'elle lui fit pour le prier, en sa qualité de premier consul, de prendre ses biens sous sa sauvegarde , elle lui demanda s'il croyait avoir prêché la vérité ou le mensonge? Il répondit que la crainte d'être pendu faisait faire bien des réflexions, c Mais d'où vient, repartîtelle, que nos pères ne les ont pas faites et qu'ils ont mieux aimé se laisser brûler que de faire ce que vous avez fait ? — C'est , dit-il , qu'il y a des gens plus entêtés de leurs opinions les uns que les autres, puisqu'il s'en est trouvé qui se seraient laissé pendre plutôt que de convenir que le pain que les cordeliers mangent leur appartient en propre. » Ce fut tout ce qu'elle put tirer de lui pour sa justification. « Au reste, ajoute-t-elle , c'était un homme plein de lumières; outre qu'il prêchait parfaitement bien et avec une grande facilité , il avait encore un génie qui le rendait capable de toutes sortes d'affaires. On disait chez le roi : ce ministre serait propre à être ministre d'Etat. Mais il avait le défaut de Salomon, et l'on pouvait dire de lui, comme de ce prince, que les femmes avaient détourné son cœur. Il était soupçonné d'attachements criminels , et l'on a vu dans la suite que ce soupçon était fondé (1). » Pendant l'année de son

(1) M«»e du Noyer , Mémoires de sa vie.

Page 1