‹ Histoire de l'Église réformée de NîmesChapitre 137 sur 227 · CHAPITRE XYIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XYIII

1686 Nîmes, selon ses expressions , « comme des loups cachés sous des peaux de brebis, et semblables au serpent qui séduisit Eve par ses ruses. » Cette déclaration si naïve et si vraie est ensuite suivie d'une assertion contradictoire, puisque, après avoir dit : « que peu à peu le peuple s'étant accoutumé à leurs instructions religieuses, marqua autant d'empressement pour les entendre qu'il en avait montré auparavant à les fuir, jd il ajoute « que les conférences publiques devinrent si désertes qu'on fut obligé d'envoyer les pères deux à deux, de maison en maison, pour dire à leurs habitants ce que Dieu leur inspirerait. » La vérité est donc que les nombreux convertis n'étaient catholiques que de nom, et que, pour les gagner à une croyance qu'ils repoussaient par le cœur, en la confessant extérieurement par contrainte des lèvres , l'inviolabilité d^ domicile ne fut pas respectée.

Il paraît cependant que l'évêque Séguier ne lut pas aussi facile à contenter que les bons missionnaires ; car, si , sur leur demande , il recevait dans l'Eglise les nouveaux convertis , il ne voulut jamais permettre qu'on les forçât à communier, disant : « que le pain des anges ne devait être mangé que par ceux qui ont um foi entière en l'efficace qu'il possède pour la régénération du cœur. » Voilà un principe véritablement chrétien, qu'il étendit à l'absolution , car jamais il ne la donna qu'à ceux qui, après de nombreuses confessions, furent jugés dignes de la recevoir. Il fut imité dans sa conduite par quelques curés et surtout par les évéques de Grenoble et de Saint-Pons.

Ces prélats ne pouvaient, en effet, se dissimu- ^6W 1er que la population protestante du royaume tout entière avait Fespérance du rétablissement d'une Eglise aux ruines de laquelle elle était restée aussi vivement attachée que les Juifs le furent à celles de Jérusalem pendant les soixante-dix ans de leur captivité à Babylone ; et ce qui la fortifiait était, d'un côté, la promesse qu'on lui faisait que le prince d'Orange et le marquis de Brandebourg viendraient incessamment la délivrer de son avilissant esclavage, et, de l'autre, la croyance propagée par les ouvrages de Jurieu et de Dumoulin, qui, en expliquant l'Apocalypse, affirmaient « que la bête qui avait reçu le pouvoir de faire la guerre aux saints * serait abattue à son tour.

Quarante jeunes gens, plus exaltés que les autres par l'explication de cette prophétie, résolurent ensemble de contribuer à son accomplissement immédiat. Dans leur rang se faisaient distinguer Vivons, simple cardeur de laine; Vidal, maître d'école ; Fulcran Rey, proposant de Nîmes ; Jean- Pierre Poisson, étudiant de Genève; Roussel, fils d'un paysan de Sainte-Croix-de-Caderles; Dombres, Colognac et Dumas. Le marquis de La Trousse , commandant d'Alais, reçut l'ordre de les poursuivre et de les punir avec la plus sévère rigueur. Il employa toutes ses troupes à la recherche des prédicanls\ douze tombèrent bientôt en son pouvoir, et le premier qu'il fit conduire au supplice fut Fulcran Rey, de Nîmes.

« Il venait, » dit M. de Félice, à la plume élégante duquel nous laissons le soin de raconter les

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