‹ Histoire de l'Église réformée de NîmesChapitre 145 sur 227 · CHAPITRE iix · texte numérisé non relu

CHAPITRE iix

W lequel je souffre tant de martyres, qui m'a conservé jusqu'à cette heure au milieu des flammes de cette horrible persécution, ne m'abandonnera pas s'il lui plaît à l'avenir, et me fera justice (1). »

Deux procédures judiciaires vinrent augmenter à cette époque les tribulations déjà si grandes de Brousson ; l'une fut dirigée contre Guion , ancien pasteur de l'Eglise de Saint-Martin-de-Boubeaux, qui était rentré en France en même temps que lui. Comme il était persuadé qu'il valait mieux évangéliser de maison en maison que de réunir un grand nombre d'auditeurs pour leur adresser des exhortations générales , il se mit à visiter quelques familles. Malgré toute la prudence qu'il déploya , il fut découvert par une femme catholique qui, ayant entendu du bruit chez l'un de ses voisins , voulut en connaître la cause ; elle regarda par le trou de la serrure , vit le ministre en prières et courut Je dénoncer. Il fut arrêté sur l'heure et conduit devant Tintendant, qui lui offrit la vie s'il voulait abjurer. Sa réponse fut aussi ferme que courageuse. « Si je suis rentré volontairement en France, dit-il, ce n'est pas pour commettre une infidélité à mon Maître. » Il fut donc condamné à être pendu et exécuté le 16 septembre sur un

(1 ) Biographie de Brousson en léte de ses œuvres.

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des bastions de la citadelle de Montpellier (4). <6Si

Un supplice beaucoup plus cruel fut , un mois plus tard, infligé à Paul Colognac, le collègue et l'ami de Brousson. Ce serviteur de Jésus-Christ, né à Cros , près de Saint-Hippolyte , annonçait son Evangile depuis quatre ans, lorsqu'il fut trahi aussi, mis en jugement et accusé d'avoir contribué au meurtre de Bagars , ministre infidèle qui avait apostasie le jour même , où , du haut de la chaire, il avait lancé anathème contre les déserteurs de la foi, ce qui l'avait rendu l'objet d'une exécration générale , qui était devenue de jour en jour plus profonde , parce qu'il s'était mis à la tête des milices pour s'emparer de ses anciens collègues dont il connaissait la demeure, et dissiper les assemblées dont il savait le rendez-vous. Quelques hommes , au désespoir de ce qu'il avait envoyé au gibet ou aux galères plusieurs de leurs parents ou de leurs amis, l'avaient attendu un jour sur le pont de Valleraugue pour lui ôter la vie. Brousson atteste que Colognac n'était pas parmi eux , et que , s'il y eût été , il aurait fait des efforts inouïs pour empêcher ce meurtre, parce que c'était un homme très-doux, fort sage, plein de zèle et de piété. Mais il fallait à Bàville une victime pour l'immoler sur la tombe d'un agent aussi utile que l'avait été Bagars; il condamna donc Colognac aux tourments de la roue , qu'il subit à Marsillargues , le 20 octobre , avec une sérénité d'âme et une force d'esprit telles qu'il employa les heures entières qu'pn lui laissa

(1) Mss de Court, no 39. France protestante, p. 403.

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693 sur le chevalet, sans lui donner le coup de grâce, à chanter des psaumes à la louange de Dieu (1). D'autres martyrs l'avaient précédé dans la voie de la mort violente, qu'une main de fer infligeait sans compassion : les deux frères Paul et Etienne Plans , Roussel , Dombre , Mazel , Quet , Bonnemère, Berthezène, Poisson et Dalgues (2).

694 A la suite de ces exécutions sanglantes , Brousson jugea nécessaire de se soustraire pour quelque temps à des recherches devenues plus actives , et il alla retrouver en Suisse sa femme et son enfant. Là , son esprit actif se fatigua bientôt du repos de la vie sédentaire ; aussitôt que ses forces le lui permirent , il prêcha aux réfugiés français disséminés dans les cantons de Vaud , de Berne et de Zurich. En 1694, il passa en Hollande et alla s'établir avec sa famille auprès de son frère, à Amsterdam, où, après avoir fait valider sa consécration par le synode des Provinces-Unies, il fit imprimer ses sermons sous le titre de : Manne mystique du désert (3). Mais la voix des opprimés de sa patrie résonnait toujours à ses oreilles , et comme elle exerça une plus grande influence sur sa détermination que celle des exilés en Hollande, il vint les

695 rejoindre dans le mois de septembre 1695.

Il traversa la frontière par les forêts désertes

(4) France protestante , t. H , p. 7.

(%) Hist des pasteurs du désert , t. I , p. 227.

(3) Manne mystique du désert , ou sermons prononcés en France ^ dans les déserts et dans les cavernes , pendant les ténèbres de la nuit et de Vafflictien , pendant les années 4689-4Û9S, Amsterdam , 1695 , in-8o.

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des Ardennes, sous la conduite d'un guide expé- <^M rimenlé, nommé Bruman, et arriva sans encontre à Sedan, pour y consoler les restes d'une Eglise de six mille âmes, qui avait possédé une académie célèbre , établie en 1604? et fermée en 4685, après avoir subsisté quatre-vingts ans , sous le règne de trois rois. Il y trouva les tombes des ducs de Bouillon violées, le commerce détruit, les sciences éteintes par le régime de l'intolérance , aux atteintes de laquelle il n'échappa lui-même que comme par miracle. Il fut dénoncé et poursuivi par le guet jusque dans sa demeure, Bruman fut arrêté sous ses yeux, et lui, pour se sauver, n'eut que le temps de se blottir derrière la porte d'une salle à manger, par l'interstice de laquelle il put suivre les mouvements des perquisiteurs. Plusieurs enfants y prenaient leurs ébats ; ceux-ci leur demandèrent s'ils n'avaient pas vu un étranger; cette question demeura sans réponse verbale , mais l'un d'eux désigna du doigt l'endroit où il s'était caché; par une direction de la Providence , ils ne firent pas attention à ce signe révélateur et se retirèrent désappointés. Brousson, s'étant déguisé à la hâte en palefrenier, sortit de la ville , en y laissant son compagnon , qui probablement fut bientôt envoyé au supplice (1).

Après avoir traversé la Flandre et l'Artois , au 4611 milieu des voleurs auxquels Dieu retint la bride , marchant à pied , de nuit et sans guide , il arriva en Normandie. Là il s'occupa à réunir les restes du

(1) Vie de Brousson. Hist. des pasteurs du désert, t. I, p. 236.

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