CHAPITRE XIX
^*^ étrangère. La désolation était à son comble; les esprits opprimés tombèrent dans les extases religieuses, dans les visions surnaturelles, dans les ravissements, jusque dans les prophéties. Les cris de douleur se mêlaient à la proclamation des prodiges, et leur bruit eut un retentissement si lointain, qu'il arriva aux oreilles de Brousson. Ce fut un appel auquel il ne demeura pas insensible ; il partit en toute hâte, dans le courant de 1697, descendit le Rhin , traversa la Suisse , entra en France pour la troisième fois et arriva, par le Jura, dans le Dauphiné.
Il y fut retenu tout l'hiver par des neiges abondantes; mais là il trouva des amis et des frères , qui se groupèrent avec d'autant plus d'empressement autour de lui, que depuis quatre mois ils n'avaient pas entendu annoncer la Parole de la réconciliation parle sang de Christ; et il y fut témoin « de si grandes merveilles que , selon son avis , elles devaient faire l'admiration de toute la terre. » Ces merveilles étaient les fruits de l'extase, que Broussoh , dans sa foi sincère , mais enthousiaste , regardait comme des signes infaillibles de la délivrance de son peuple opprimé.
►98 Au printemps suivant , après avoir traversé le Rhône, il entra dans le Vivarais, en parcourut tous les villages , descendit dans les Cévennes et arriva dans les environs de Nîmes, le 28 avril 1698. L'intendant Bâville, informé de son retour, augmenta la mise à prix de sa tête et la porta à 600 louis d'or de 14? fr. pièce.
Les perquisitions devinrent, par cela même,
3ii HISTOIRE DE l'ÉGLISE RÉFORMÉE DE NIMES.
beaucoup plus actives; maisBrousson, les affrontant *W avec audace , eut Timprudence d'entrer dans la ville et d'y mettre à la poste cinq requêtes signées de sa main, qu'il envoyait au roi et à ses ministres pour se plaindre des exactions des milice^, qui forçaient les religionnaires d'aller à la messe à coups d'épée. Ce fut un indice certain qui mit les espions sur ses traces ; guidés par un faux frère qui l'avait trahi, ils le serrèrent de près; mais Dieu le gardant encore , il eut le bonheur de leur échapper. Ils le suivirent pourtant de loin, comme à la piste , et s'assurèrent de la maison où il était allé chercher une retraite dans un bourg voisin ; ils la firent aussitôt cerner par les dragons... Comment faire? toutes les issues étaient gardées au dehors... Où se cacher? aucune disparition n'était possible... Il allait donc se rendre sans résistance, lorsque son hôte eut l'idée de le faire descendre dans une citerne à sec , au fond de laquelle il y avait une excavation naturelle où il put se tenir blotti... Mais l'un des soldats, qui était du pays, en connaissait l'existence , et il s'y fit descendre par ses camarades pour la visiter... Le fugitif et le gendarme allaient se trouver en face, l'heure de l'arrestation semblait avoir irrévocablement sonné. . . Cependant, ô surprise ! ô faveur inespérée! ce dernier, avant d'arriver au fond , se sentit tout-àcoup saisi d'une froideur glaciale; ses membres, échauffés par une marche rapide, se mirent à trembler convulsivement; ses dents s'entrechoquèrent avec violence, et il demanda qu'on le sortît au plus vite de ce lieu humide et ténébreux , qui