‹ Histoire de l'Église réformée de NîmesChapitre 148 sur 227 · CHAPITRE XÏX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XÏX

698 sans cela allait devenir mortel pour lui. Sa prière fut écoutée , et il fut retiré avant qu'il eût aperçu le proscrit, qui , à son tour, fut délivré plus tard sans avoir éprouvé aucun mal.

Après quelques heures de repos, Brousson se mit en route pour Orange, où depuis la paix de Ryswick le culte évangélique se célébrait librement, sous la protection de Guillaume III de Nassau, qui, dans le traité conclu dans cette ville de Hollande , le 20 septembre 1697, entre la France, l'Espagne , TAngieterre et les Etats-Généraux des provinces unies des Pays-Bas, avait stipulé cette clause en faveur de cette petite principauté , berceau de sa famille.

Le retour de Brousson à Nîmes ^tait impossible ; il le comprit lui-même , et , sur l'invitation de ses amis qui lui écrivirent des lettres mystérieuses et pressantes, il se décida à faire une tournée d'évangélisation qui, commencée par le Castrais, devait se terminer par le Périgord et le Poitou. Chemin faisant, il s'arrêta dans les nombreuses Eglises des Cévennes, du Rouergue, du pays de Foix et du Bigorre ; mais arrivé à Pau , le séjour qu'il y fit lui devint fatal. — Une méprise en fut cause; au lieu de remettre une lettre de recommandation dont il était porteur à un protestant fidèle auquel elle était adressée , il la donna à un autre qui portait le même nom , mais qui avait abjuré la foi de ses pères. Il le dénonça à l'instant même aux autorités militaires , qui mirent avec promptitude leurs agents à sa poursuite. Averti du danger par un ami, Brousson put cependant encore s'évader de la

346 HISTOmi DB VtGUSE RfiFOBMfiB DB NIHBS.

ville et gagner Oléron. La maréchaussée l'y suivit, <« arriva en même temps que lui à Tliôtel de la poste et se saisit de sa personne.

Il ne fît aucune résistance , il ne cacha ni son nom, ni sa profession, ni le but de son voyage, et se laissa conduire à Lescar , devant Pinon , intendant de la province , qui le fit transférer à Pau, où une tour du château , qui , sous la reine Jeanne d'Albret, avait été Tun des boulevards les plus redoutés du protestantisme , lui servit de prison.

Lorsque son dénonciateur vint réclamer les 3,000 livres accordées à ceux qui vendaient les ministres du désert, Pinon lui dit avec indignation : < Misérable ! ne rougis-tu pas de voir les hommes , quand tu trafiques de leur sang ! Retire-toi , je ne puis supporter ta présence (1). > Ces paroles dénotent une âme compatissante. L'intendant du Béam, en efiet, bien différent de son prédécesseur Foucauld , qui, avec Marillac , avait organisé les dragonnades dans cette province, était un magistrat intègre, doux et plein d'honnêteté ; ce qui le prouve , c'est que , lorsqu'il se vit dans l'obligation d'envoyer son prisonnier à Bâ ville, qui le réclama, à cause de son origine nîmoise et des fonctions pastorales qu'il avait exercées pendant neuf ans , à diverses époques, sur les terres soumises à sa juridiction , il ne souffrit pas qu'on chargeât ses mains de chaînes , parce qu'il lui fit la promesse de ne pas s'évader.

Brousson ne trompa pas la confiance quel'intendant lui accorda ; car, embarqué à Toulouse sur le canal

(1) Rabaut jeune, Répertoire eeclniastique , p. 213.

Page 1