CHAPITRE XIX
98 du Languedoc, il s'aperçut, au passage de Tune des nombreuses écluses qu'on y rencontre, que ses gardiens s'étaient tous endormis; il n'avait qu'à sortir de la barque de poste pour recouvrer sa liberté , mais il n'en conçut pas même la pensée ; il avait promis de rester prisonnier , et sa parole était inviolable.
Brousson arriva à Montpellier le 30 octobre, et fut enfermé dans la citadelle , où cinq jours après il fut jugé par Bâville, assisté des officiers du présidial(i). Immédiatement après que la salle d'audience fut ouverte, elle se trouva envahie par une foule d'ecclésiastiques , de gentilshommes , de militaires, d'avocats et de bourgeois avides de voir et d'entendre un jurisconsulte de renom, transformé en prédicant du désert. Bâville (qui contre son habitude l'avait traité , depuis son arrivée , avec beaucoup d'égards, portant la prévenance jusqu'à lui envoyer des mets qui avaient été préparés pour luimême) l'interrogea avec soin , mais sans trop de malveillance. Les crimes dont il l'accusa furent : d'avoir été l'instigateur des délibérations prises en 4683, à Toulouse, pour faire le prêche et s'assem-
(1) On trouve dans les archives delà préfecture de THérault le dossier de ce jugement. 11 contient les dépositions des témoins qu*on entendit, les interrogatoires de Brousson , les mémoires justificatifs qu*il présenta , les sermons , notes , prières , appels , traités de controverse quMl avait composés ; le tout manuscrit de la propre main de Brousson et à Tétat de brouillon.
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bler avec armes; — d'être rentré plusieurs fois en ♦•• France pour y soulever le peuple, en essayant, de concert avec Vivens, d'y introduire le duc de Schomberg à la tête d'une armée étrangère (1). Quoique Brueys , présent à la séance , rapporte , dans son Histoire du fanatisme, que l'accusé fut confondu lorsque le greffier lui présenta le projet de cette dernière conspiration écrit de sa propre main, il est constaté , au contraire , par les actes de la procédure, que Brousson s'écria à cet aspect: « Ce n'est pas mon écriture , je n'ai été d'aucune conspiration; le motif de ma conduite dans les Cévennes et ailleurs n'a été que la prédication de l'Evangile à l'exemple des apôtres. > Ce qu'il ajouta ensuite pour se défendre porte le caractère évident de la franchise et de la vérité ; s'il avait été avocat distingué , il était devenu pasteur fidèle. Voilà pourquoi il n'eut recours à aucun artifice oratoire , à aucun argument captieux , à aucun subterfuge adroit; il parla comme en la présence de Dieu, qui connaît le cœur de tous les hommes, qui découvre les pensées de leur esprit une par une, et qui pèse leurs entreprises, niant avec fermeté d'avoir trempé dans aucun complot
(1 ) Quoique Superville, dans ses Lettres sur les devoirs de l'Eglise affligée , et Larrey , dans son Histoire de France sotts le règne de Louis XIV , aient pris soin de réfuter celle calomnie , Tabaraud , dans la Biographie universelle , la réitère cependant comme un fait certain , en .routant que «t les sages et vrais Français regarderont Brousson comme un séditieux fanatique. >» Il ne fait en cela que répéter ce qu'avait dit Brueys , qui Ta dépeint comme « un homme mélancolique , atrabilaire , enflé d'orgueil , zélé jusqu'à la fiireur, entêté jusqu'à la folie et ne niédilanl que révoltes. «