‹ Histoire de l'Église réformée de NîmesChapitre 150 sur 227 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

608 ourdi dans le but de troubler la tranquillité publique, mais aussi avouant sans déguisement et sans honte, qu'il s'était fait un devoir et de plus une gloire d'annoncer partout l'efficace de la croix de Jésus-Christ , à tous les pécheurs qui sentaient leur misère morale et leur corruption invétérée, puisqu'à ses yeux l'Evangile était une puissance propre à renverser les forteresses en apparence inexpugnables de ses plus ardents ennemis.

L'application était directe , tous les assistants en comprirent le sens et la portée ; Bâville en éprouva une indignation profonde qu'il manifesta par ses gestes d'impatience et par ses regards pleins de courroux ; aussi , mettant un terme aux débats , il consulta pour la forme les juges qui siégeaient auprès de lui , et prononça une sentence par laquelle Claude Brousson, convaincu de rébellion et de révolte aux lois du royaume pour avoir porté les habitants des Cévennes et du Vivarais à la résistance contre les édits , insurgé le Languedoc et le Dauphiné, et tenté d'introduire en France une armée étrangère, fut condamné... à subir d'abord la question ordinaire et extraordinaire, ensuite à être rompu vif sur la roue; enfin , à être attaché, après avoir reçu le coup de grâce , au gibet des malfaiteurs.

La victime était dévouée : elle baissa humblement la tête et se mit en prière. Cette fervente invocation mentale ne fut ni inutile , ni vaine ; elle produisit, au contraire, un effet immédiat, celui d'adoucir l'inhumanité de Bâville à son égard, puisque , par un reste de compassion, lorsque le mo-

350 HISTOIRE DE l'ÉGLISB RÉFORMÉE DE NIMES.

ment du supplice fut arrivé , il ordonna au bour- <69a reau de le présenter- seulement à la torture, de lui laisser ses vêtements , de ne le toucher que sur réchafaud , et de le pendre avant de lui rompre les jambes.

Ces prescriptions s'accomplirent le 4? novembre , où Brousson fut conduit à pied , entre deux haies de soldats, de la citadelle sur la place du Peyrou, plateau alors inculte et désert; il marcha sans faiblesse comme sans orgueil ; lorsqu'il y fut arrivé, il essaya de parler une dernière fois à la multitude qui le contemplait avec étonnement, si ce n'est avec admiration; mais le roulement de dix-huit tambours ayant couvert sa voix... il se résigna au silence , se mit à genoux , éleva les yeux au ciel et fit sa prière... prière solennelle! puisqu'elle fut le dernier accent d'une bouche qui allait se fermer pour toujours sur la terre et le dernier recours d'un pécheur à la grâce gratuite de Dieu ; elle ne fut pas entendue des spectateurs à cause du bruit et du tumulte , et ïe Seigneur Jésus seul l'accueillit dans sa miséricorde et dans son amour. Lorsqu'elle fut terminée , il se livra à l'exécuteur des hautes œuvres, qui, tout tremblant et tout ému, accomplit son terrible ministère , et le vit mourir comme un saint, à l'âge de cinquante et un ans.

Le cadavre, au lieu de rester sur les fourches patibulaires , comme c'était l'usage , fut enlevé pendant la nuit et inhumé dans la citadelle.

a Quand Dieu permet que ses ministres meurent pour l'Evangile, avait dit Brousson, ils prêchent du fond de leur tombe plus fortement encore que

Page 1