CHAPITRE II
** dit successivement les deux pasteurs , leurs adversaires et leurs partisans ; et reconnaissant , après cette enquête , qu'il s'agissait d'une question plutôt de personnes que de principes , elle crut la résoudre , à la satisfaction de tous , en accordant Mutonis à l'Eglise d'Uzès, à la place de. Robert Maillard, qui était demandé à Bagnols, et en exhortant les membres du consistoire , au nom du Seigneur Jésus , à vivre en paix et à oublier leur mésintelligence, qui était sans fondement réel (1).
Cette conclusion, prise dans le but de concilier les esprits , de calmer l'irritation et de faire oublier les torts réciproques, ne produisit aucun de ces effets ; au contraire , des protestations énergiques s'élevèrent et furent adressées aux Pères de Genève, qui, à cette époque, fournissaient aux Eglises naissantes les directions matérielles et les secours religieux.
Mutonis se rendit en personne dans cette ville pour y plaider sa cause ; ceux qui soutenaient sa candidature y envoyèrent un député pour faire valoir leurs réclamations; Mauget, de son côté, écrivit une lettre à Calvin , dans laquelle il se plaignait , « non-seulement d'être assailli par les magistrats, menacé par le peuple, mais encore, ce qu'il y avait de plus fâcheux, d'être en butte aux contradictions d'une partie du consistoire, qui agissait en cela contre l'ordre et la discipline (2). »
La solution de cette affaire, très-grave puis-
(i) Procédare du colloque de Nîmes. Mss. de Genève, portef. no 1. (2) Mss. de Genève, vol. 197 A.
qu'elle constitua le premier trouble intérieur d'une ^5( Eglise en formation , se trouve dans une lettre que Calvin écrivit, à la date du ie^ juin, « aux seigneurs surveillants et diacres de l'Eglise de Nîmes, » dans laquelle il leur annonça que ses collègues et lui « n'ayant pas trouvé profitable de remuer encore des querelles, qui devaient être amorties par la décision qui avait été prise, ils n'avaient pas voulu y toucher dans la crainte d'usurper sur autrui , et que, par cela même, ils avaient jugé expédient qu'on s'en tînt à ce qui avait été conclu , quoiqu'il y eût quelque défaut dans la formalité ; il finit par les exhorter, au nom de Dieu, non-seulement d'assoupir la mémoire de ces différends qui les avaient trop agités, mais encore de l'effacer de leurs cœurs, afin que rien ne les empêchât de se tendre la main l'un à l'autre , pour s'employer tous ensemble à faire leur devoir (1). »
D'après cette décision sans appel , Mutonis alla à Uzès , d'où il passa au service de l'Eglise de Montfritf; c'est là qu'il souffrit le martyre, le ii février 4564-, puisqu'on lit dans le journal de Tannegui Guillaumet, chirurgien de Nîmes, ce qui suit : « La dame de Montfrin avait résisté longues années à l'exercice de la religion audit lieu; elle avait fait pendre par le bourreau , sans autre forme de justice , le ministre Mutonis , au sceau du connétable de Montmorency, qui était à Beaucaire. Ce meurtre est couché au livre des martyrs. Mutonis, en mourant, ajourna ladite dame, dans l'an, de-
(1) Lettres fran. de Calvin, publiées par J. Bonnet, t.JI, p. 403.