CHAPITRE XX
00 les tourner en ridicule, comme l'ont faitBrueys et Fléchier, ni les accepter pour vrais avec trop de facilité. Cette exaltation ardente de Tesprit s'explique par la position affreuse dans laquelle la révocation de redit de Nantes avait placé les protestants français. Privés de culte, d'instruction morale et religieuse, poursuivis sans relâche, se cachant dans les bois, sans cesse en proie aux plus vives alarmes et aux plus imminents dangers , n'ayant d'autre perspective que l'exil , la prison , les galères ou la mort, il leur fallait de deux choses l'une : ou bien renier leur croyance et abandonner leur Eglise , ou bien trouver dans leur conviction évangélique elle-même un aliment assez actif pour soutenir leurs forces , relever leur courage et leur faire affronter les supplices au milieu de tant de fatigues physiques et de tant de persécutions violentes. C'est ce qu'a reconnu un historien catholique, mais impartial, le savant de Rùlhières, lorsqu'il a dit : « N'oublions pas qu'on avait abattu leurs temples , livré leur pays à la licence du soldat, enlevé leurs enfants, rasé les maisons de ceux qu'on appelait opiniâtres, fait expirer sur la roue les plus zélés de leurs pasteurs, et après tout cela on avait négligé de les instruire de notre religion (1). »
01 Ce déplorable état moral fut aggravé encore par la rigueur avec laquelle Bâville sévit contre les inspirés. Par suite de son caractère dur autant
(1 ) Eclaircissements sur la révocation de Védit de Nantes , t. II , p. 278.
qu'inflexible , pendant Vannée 4701 il ordonna ^'^^ froidement les plus aff'reux supplices, faisant pendre ou brûler soixante séditieux à la fois, dévaster des cantons. entiers, réduire en cendres des villages et des bourgs , de manière que le Languedoc devint une terre de désolation. Un grand nombre de ses habitants l'abandonnèrent de nouveau. Les autres , exaspérés , se révoltèrent, et la guerre désastreuse des camisards éclata au printemps de
Cette guerre ne se lie à notre histoire que d'une *703 manière indirecte. Nîmes , en effet, gardée par les canons de la citadelle et les archers de Bâville, resta immobile et calme , alors que la Vaunage , cette petite Canaan des chrétiens réformés, retentissait du bruit de la fusillade, ou célébrait, par des prières publiques et des chants de triomphe , les succès militaires que Cavalier, Rolland et Ravanel avaient remportés sur les milices redoutables de Louis XIV.
Toutefois , cette ville fut , à cette époque , le 4701 théâtre de beaucoup d'exécutions sanglantes. La Baume, conseiller au présidial, en a décrit un grand nombre dans son Histoire de la révolte des fanatiques. Celle qu'il place à la date du mois de mars 4703 fait connaître l'esprit et le caractère de ces intrépides camisards. « La victime se nommait Jean Vedel, du lieu de Crespian. On le prit dans le bois de Vaqueirolles. Non-seulement il chantait des psaumes quand on le conduisit en prison , mais encore , en passant dans les rues de Nîmes, il criait : « Mes frères, le temps de la dé^