CHAPITRE XX
33 choses. Le péril n'étant pas personnel, chacun reprit sa place, et Toffice interrompu fut continué. Le lendemain, la population catholique tout entière assistait à la démolition des restes du moulin que Montrevel fit abattre sous ses yeux et dont il fit disparaître jusqu'aux derniers vestiges.
Mais comme ces représailles sanglantes, que le cardinal de Tournon fut le premier à conseiller autrefois à François I^r pour extirper l'hérésie de son royaume , parurent à M™e de Maintenon et aux ministres du roi ne pas s'accorder avec la véritable religion , on ne tarda pas à adopter un projet nouveau que présenta l'abbé Poncet , vicaire général du diocèse d'Uzès , qui consistait à enlever , pour les envoyer en Amérique, d'abord, tous les parents des rebelles attroupés; ensuite, les principaux de chaque localité qu'on soupçonnait capables de corrompre les autres; enfin, les jeunes gens gâtés qui étaient en état de se joindre aux rebelles (1).
Le maréchal de camp de Julien , d'Orange , qui, après avoir émigré comme protestant , était rentré en France pour embrasser la religion catholique , fut chargé du soin de présider à ces enlèvements. Il s'en acquitta avec le zèle amer et bigot d'un converti, qui voulait persuader au roi que son abjuration était sincère , puisque, en quelques jours, cinq cent quatre-vingt-dix personnes furent conduites par ses ordres dans le fort de Salces , en Roussillon, pour y attendre le moment de leur embarcation,
(i) Louvreleuil, Le fanatisme renouvelé ^ t. II, p. 280.
A l'enlèvement des personnes se joignit celui des <*WI armes. Voici de quelle manière il se flt à Nîmes, le mardi 10 avril... A quatre heures du matin, le gouverneur de Sandricourt fit battre la générale; après cela, montant à cheval , il dispersa deux bataillons d'un régiment du roi , avec les milices bourgeoises, dans les diverses places de la ville, et plaça des sentinelles au coin de chaque rue. La garde des portes fut confiée aux dragons, qui reçurent Tordre d'intercepter toute communication entre l'intérieur de la place et ses faubourgs. A la suite de ces dispositions stratégiques, un trompette publia un ordre qui défendait à tous les nouveaux convertis de sortir de leurs maisons avant dix heures sous peine de la vie. Cet appareil militaire et ces intimations rigoureuses rendirent l'alarme générale, et firent craindre une seconde Saint-Barthélémy. Heureusement la durée de la frayeur n'égala pas son intensité; bientôt, en effet, les magistrats, entourés d'une escorte militaire , allèrent de maison en maison, et ne demandèrent que les armes avec les livres de dévotion. Par ce moyen, ils ne se contentèrent pas d'enlever au corps sa défense, mais ils privèrent encore l'âme de son aliment.
Ces événements successifs portèrent l'irritation des camisards à son comble, et ils promirent à Montrevel d'en tirer vengeance. Ils ne tinrent malheureusement que trop leur parole pendant une