‹ Histoire de l'Église réformée de NîmesChapitre 156 sur 227 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

703 année entière; en effet, ils ravagèrent des villages catholiques , brûlèrent des églises , et forcèrent les prêtres à venir chercher un asile derrière les remparts de la ville de Nîmes.

704 La résistance fut longue et opiniâtre ; aussi le maréchal de Villars , qui succéda à Montrevel , le 20 mars 1704, essaya-t-il, pour la faire cesser, les voies de la conciliation. Dans ce but, il fit proposer à Cavalier d'avoir avec lui une entrevue , afln d'en venir ensemble à des voies pacifiques d'accommodement. Celui-ci , qui venait de perdre , dans un combat livré à Nages, une grande quantité d'armes, son argent et un corps de soldats faits au feu et à la fatigue, accepta sans difficultés, ajoutant toutefois, comme avertissement préalable, qu'il ne mettrait jamais bas les armes si on ne rétablissait pas l'exercice public de la religion réformée.

Le rendez-vous fut fixé à Nîmes pour le 16 mai, dans le jardin des Récollets, couvert de grands arbres , et situé hors de la ville , entre les portes de la Bouquerie et de la Madeleine. La veille. Cavalier vint coucher à Langlade, d'où il partit le lendemain à la tête d'une partie de son infanterie et de cinquante cavaliers , accompagné de d'Aigaliers , gentilhomme protestant de là ville d'Uzès, qui avait déjà travaillé à terminer les troubles par ses démarches auprès de la cour ; et de Lacômbes, son compagnon et son ami. Chemin faisant, il rencontra Lalande, commandant d'Alais, entre Caveirac et Saint-Césaire , qui lui remit pour otages La Duretière , capitaine des dragons de Firmaçon, un capitaine d'infanterie, quelques autres officiers, et quelle

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ques dragons qu'il laissa dans ce dernier village , ^704 sous la garde de ses soldats de réserve. Ses cavaliers seuls l'accompagnèrent ; il les mit en vedettes sur les bords du Cadereau , depuis le jeu de Mail jusqu'au temple de Diane. Après cela, suivi de son frère , de trois capitaines et de huit soldats , il s'avança dû jardin des Récollets, dans lequel se trouvaient déjà le maréchal de Villars , l'intendant de Bâville et le gouverneur de Sandricourt.

La conférence dura deux heures ; que s'y passat-il? La relation qu'en a faite Brueys est aussi inexacte que celle que Cavalier lui-même a consignée dans ses mémoires (1). Les événements qui suivirent le prouvent de la manière la plus évidente , puisqu'ils établissent que Yillars oiTrit au chef des camisards , s'il voulait mettre bas les armes , un brevet de colonel , une pension de 1 ,200 livres , et l'autorisation de lever un régiment dont il nommerait les officiers pour aller servir en Espagne. — Cavalier, ébloui par ces offres, se laissa gagner, et obtint de demeurer en paix avec sa troupe à Calvisson jusqu'à ce qu'elles fussent ratifiées par le roi

En sortant du jardin , il traversa une foule immense, accourue avec le désir de le voir de près ; personne ne l'insulta ; aucun propos malveillant ne fut tenu sur son compte; la multitude s'ouvrit respectueuse à son approche pour lui laisser sans

(1) Mémoirefde la guerre des Cévennes, par Cavalier, en anglais. Londres, 1726. L*auteur les composa de mémoire, aussi sont-ils très-

i.'indcics.

CfiAPITAB Xï. 36S

''04 gêne continuer son chemin. Arrivé au milieu de son escorte , il entonna le psaume CXXXIII , que ses soldats continuèrent à chanter en chœur en gravissant la colline du Puech-d'Autel. Arrivé àSaint- Césaire, il y trouva plus de cinq cents "de ses coreligionnaires de Nîmes qui lui offrirent des rafraîchissements. Après avoir caressé tout le monde et renvoyé ses otages , il partit pour Saint-Dionisy, d'où il se rendit, le 19, à Calvisson, que deux bataillons du régiment de Charlorois , qui y tenaient garnison , évacuèrent par ordre du maréchal pour faire place aux camisards.

Le commissaire ordonnateur Vincel avait déjà préparé leurs logements et pourvu à leur subsistance. Quand Cavalier arriva avec sa troupe , une foule de personnes vinrent à sa rencontre; le cortège s'arrêta devant l'église , entonnai un psaume , que le chef fît suivre d'une longue et édifiante prière. Deux heures après , une sainte convocation eut lieu sur les masures du temple où le service divin fut célébré. C'est là qu'il continua à l'être tous les jours, avec un concours de peuple toujours croissant. « On ne pouvait s'empêcher, dit d'Aigaliers (1), d'être ému de compassion etde terreur, en,voyant les restes d'un peuple, réchappé du brûlement et du carnage, venir en foule mêler leurs larmes et leurs gémissements. Affamés de la parole de Dieu , ils ressemblaient à des gens qui sortent d'une ville assiégée, où ils ont éprouvé une longue et cruelle famine , à

(i) Mémoires sur les derniers troubles du LanguedoCy par Rossel, baron d'Aigaliers.

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qui Ton présente avec la paix, abondance de vivres, ^T^^ et qui, après avoir commencé à les dévorer des yeux, se jettent dessus, et les engloutissent avec avidité sans mettre de distinction entre les viandes, le pain et les fruits ; de même , les infortunés habitants de la Vaunage ou de lieux plus reculés, voyant des frères qui faisaient leurs assemblées dans les prairies et .aux portes de Calvisson , se rangeaient en troupes auprès de celui qui tenait un psaume , et de cette manière , les quatre , les cinq mille personnes, fondant en larmes, chantaient et priaient, prosternées toute la journée, avec un cri et une dévotion qui perçaient le cœur et faisaient la plus vive impression. Toute la nuit on continuait à peu près de même, et on n'entendait que prêcher, chanter, prier et prophétiser. »

La Baume, écrivain catholique, confirme ce que vient de nous dire le gentilhomme protestant : « Les prédications, les prières, ajoute-t-il (1), le chant des psaumes , les révélations allaient toujours leur train. Les camisards étaient au moins vingt heures dans ces différents exercices qu'ils faisaient, le jour à la campagne, et la nuit sur les masures du temple; et dans le séjour qu'ils firent à Calvisson, on croit qu'il s'y rendit quarante mille nouveaux convertis qui y accoururent de toutes parts. »

Toutes ces réunions religieuses durèrent jusqu'à

( Hist, des camisards , t. 11 , p. 306.

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