CHAPITRE XX
^^ para bien encore d'Alizon et de son beau-frère Lacroix, mais Catinat ne se trouva nulle part. Alors Berwick et Bâville , qui , sur la nouvelle que leur avait donnée Sandricourt de son importante capture , étaient accourus à Nîmes , firent publier une ordonnance par laquelle ils déclarèrent que l'habitant de la maison dans laquelle on le trouverait serait pendu sur-le-champ à sa porte , que sa famille serait emprisonnée, ses biens confisqués et sa demeure rasée, sans autre forme de procès. Catinat fut alors naturellement repoussé par son hôte qui se nommaitAlègre. Le malheureux, n'ayant plus d'jamis, erra toute la nuit dans la ville; le lendemain il tenta une évasion; après s'être fait raser et poudrer chez un barbier et avoir mis une épaisse couche de fard sur son visage, hâlé par le soleil , il se présenta à la porte Saint- Antoine , une lettre dépliée à la main, et marchant posément comme absorbé par sa lecture; son stratagème réussit, personne ne l'interrogea; il avait déjà franchi la porte fatale, lorsque le capitaine qui la gardait, blessé de ce que l'inconnu était passé devant lui sans le saluer, dit à son lieutenant : « Voilà un homme qui me déplaît, faites-le arrêter afin que je l'interroge. » Un sergent et deux soldats , sur l'ordre qu'il leur en fut donné , conduisirent le lecteur au corps-de-garde; il ne fit aucune réclamation , ne manifesta aucun trouble , répondit avec simplicité à toutes les questions qu'on lui adressa; aussi allait-il être relâché, quand un des spectateurs de cette scène dit au capitaine : « Cet homme ressemble à Catinat. » A
Tinstant même , un nommé Anglejas , qui le con- ^"^ naissait parfaitement, arriva et confirma l'assertion douteuse du premier interlocuteur. C'en fut assez pour que des investigations sévères fussent prescrites; on fouilla l'inculpé-, on trouva dans ses poches un psautier à fermoirs d'argent, avec une lettre qui portait pour suscription : c A M. Merci , dit Catinat. » — Alors le camisard , se voyant découvert, poussa un soupir et dit sans hésiter : « C'est vrai , je suis Catinat. >
Il fut conduit au palais où l'on jugeait Ravanel , Jonquet et Vilas; il prit place sur la sellette de ses trois amis; le soir même ils entendirent tous les quatre prononcer leur sentence, et le lendemain mercredi , 22 avril , ils montèrent sur le bûcher après avoir subi la question. « Jamais , dit Louvreleuil, la frayeur des protestants ne fut plus grande ! Quel spectacle pour eux de voir toutes les rues gardées par des soldats , la baïonnette au bout du fusil, les portes de leurs maisons et celles, de la ville fermées, sans qu'il fût permis à personne d'en sortir que pour affaires pressantes et sous caution. » Et un religieux de Nîmes , écrivant au révérend père Léonard, prédicateur augustin déchaussé de Lyon , ajoute < que le supplice de ces quatre chefs des fanatiques produisit une sensation d'autant plus grande et plus générale, que les trois quarts de Nîmes étaient pour eux. »
Le 26 février 1706, le duc de Berwick revint en ï^M