CHAPITRE XXI
13 obscure ; ayant perdu son père dès son bas âge, il se trouva Tunique soutien et la seule espérance, selon le monde, d'une mère pieuse, qui Téleva dans la foi pure de TEvangile , dans la charité fraternelle et dans le dévouement chrétien ; et cet enfant , que Dieu fit grandir en le douant progressivement d'une constitution robuste, d'une âme courageuse, d'une parole éloquente, de beaucoup de tact dans les affaires, d'une grande aménité dans son commerce intime, d'une pureté de vues et d'une intégrité de mœurs qui rendirent sa conduite irrépréhensible , devint le restaurateur du protestantisme français.
Lorsque, en 1713, il conçut son entreprise hardie et inexécutable à vues humaines, le célèbre Voyer-d'Argenson avait recommandé au conseil de ne pas inquiéter les protestants dont la conversion était douteuse, et de misérables disputes, soulevées à l'occasion du jansénisme et île la bulle unigenitus, empêchaient que de nouvelles expéditions sanglantes fussent entreprises contre eux. Il n'y avait que Bâville qui les renouvelât de temps à autre , quoiqu'il ne pût s'en dissimuler l'impuissance. « 11 y a, écrivait-il en effet, des contrées de vingt et trente paroisses , où le curé est le plus malheureux et le plus inutile de tous les habitants, et où , quelque soin qu'on se soit donné , on n'a pu parvenir à faire un seul catholique, ni même en établir un seul du dehors (1). »
14 Un vaste champ s'ouvrait donc aux travaux ^os-
(1) Hist. des protest, fran , p. 449.
372 HISTOIRE DE l'ÉGLISB RÉFORMÉE DE KIHES.
toliques d'Antoine Court. Lorsque, en l?!^, il les ^7H commença dans le Vivaraîs, la terre était encore humide du sang que ses coreligionnaires avaient versé, soit dans le combat livré par Abraham , Daniel, Dupont et Just, sur la montagne de Leiris, contre Miroménil , Saint-Julien et Roquelaure ; soit en montant surréchafaud,à Vemoux, à Gluiras et à Saint-Agrève. Le nouveau missionnaire du désert s'efforça de sauver FEglise de deux grands dangers : l'un intérieur, l'esprit de prophétie ou d'inspiration, immédiate ; l'autre extérieur , la persécution systématique.
Reconnaissant d'abord que l'erreur et l'imposture avaient partout obscurci la véritable foi et refroidi la charité chrétienne, il commença par combattre les préjugés , dissiper les illusions , démasquer les abus , s'opposer aux progrès de l'ignorance religieuse, et vaincre la superstition. Que pouvait-il , seul et si jeune (il n'avait que dix-huit ans) , contre tant d'obstacles ? Il essaya , du moins, d'en affaiblir quelques-uns. Comme la guerre des Cévennes avait tout interrompu, et qu'il n'y avait plus ni discipline, ni troupeaux, ni pasteurs, il fallut tout recommencer ; dans ce but, il décida d'abord quelques personnes , dont le nombre commença par six et ne s'éleva pas ensuite à plus de cent, à le suivre dans quelque trou de rocher, pour rendre à Dieu leurs hommages ; et il n'était pas même rare de voir, dans ces assemblées nocturnes , deux , trois femmes et quelquefois des hommes tomber en extase et parler tous à la fois , comme ces Corinthiens à qui saint Paul adressa