‹ Histoire de l'Église réformée de NîmesChapitre 161 sur 227 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

ï4 (les censures (1). Les uns étaient des esprits fourbes , et les autres séduits ; il s'attacha à convaincre les premiers d'imposture, et à ramener les autres par ses instructions. Bientôt il passa, comme un autre Elie , pour être le fléau des prophètes , avec cette différence que son zèle n'était pas destructif et qu'il se bornait à convaincre et à éclairer. « 11 fait la guerre aux saints^ » , disaient tous ceux qui croyaient à l'inspiration surnaturelle ; pourtant ses discours ne laissaient pas d'être accompagnés des plus heureux succès ; ils furent même si rapides , que dans peu le fanatisme n'osa plus paraître en public; et ceux qui en conservaient quelque teinture ne s'en entretinrent plus qu'en secret (2).

15 En prêchant ainsi de caverne en caverne , Court passa du Vivarais dans les CéVennes , des Cévennes dans le bas Languedoc, et, en 1715, à l'âge de dix-neuf ans, il plut au Seigneur de l'appeler au service de l'Eglise de Nîmes.

Cette année-là moururent deux hommes illustres, de Chevreuseet de Beauvillers, qui s'étaient déclarés partisans de la tolérance religieuse. Et le l®r septembre suivant, Louis XIV descendit luimême dans la tombe , à l'âge de soixante-dix-sept ans , après un règne qui, en ayant duré soixantedouze, est le plus long de tous ceux dont l'histoire fait mention.

Avant de quitter ce monde , il fit deux testa-

(1) 1 Cor., XIV, 24.

(2) Mémoire d* Antoine Court , écrit eu 1752 , conservé dans les mss de Paul Rabaiit.

ments : l'un que lui arracha madame de Mainte- V non, au sujet de la minorité de son petit-fils et de la régence de Philippe d'Orléans ; et l'autre que lui ût signer le jésuite Letellier , son confesseur , à la date du 8 mars , dont le titre seul désigne les héritiers et l'héritage ; il est ainsi conçu : « Loi qui ordonne que ceux qui auront déclaré qu'ils veulent persister et mourir dans la religion prétendue réformée, soit qu'ils en aient fait abjuration ou non, seront réputés relaps (1). > — « Les annales du monde, dit Lemontey, offrent-elles un autre exemple d'un code» fondé tout entier sur un tel mensonge (2). »

Le régent , qui était fils d'Henriette , sœur de Charles I^r, roi d'Angleterre, et qui par conséquent était allié, par le sang, à un roi protestant, eut d'abord le désir de rappeler les réfugiés français ; il déplorait les conséquences fatales de la révocation de l'édit de Nantes , et aurait voulu les réparer. Malheureusement il affichait un cynisme d'irréligion et d'incrédulité qui l'avait exposé plus d'une fois à d'odieux soupçons, de sorte qu'à cause de cela , il ne put que réprimer faiblement les requêtes violentes des évêques et les mesures barbares des intendants.

Antoine Court, en arrivant à Nîmes, eut donc à

(1) Les canons des papes appellent ainsi ceux qui sont derechef tombés dans l'hérésie après Tavoir abjurée et en avoir été purgés par Tévéque.

(2) Etablissem. monarchiq. de Louis XIV, p. 413.

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