CHAPITRE XXI
^6 se tenir en garde contre celles de Bà ville. Il y trouva la religion dans un état déplorable \ la persécution d'un côté , rignorance et le fanatisme de l'autre l'avaient ou anéantie ou défigurée. Le plus grand nombre de ceux qui conservaient le plus d'attachement pour eUe , démentaient et déshonoraient cet attachement par leur conduite extérieure. Ils tenaient, pour ainsi dire, d'une main l'Evangile^ et de l'autre l'idole. Pendant la nuit, ils rendaient à Dieu , dans leurs maisons , un culte secret, et pendant le jour ils allaient publiquement à la messe. Quels soins ne fallut-il pas pour les retirer d'une conduite aussi déshonorante et si contraire aux maximes de l'Evangile ? Quatre moyens se présentèrent pour cela à l'esprit de Court : celui de régulariser les assemblées religieuses ; — celui de combattre le fanatisme ; — celui de rétablir l'organisation ecclésiastique , et celui de préparer des ministres. Il n'eut pas plus tôt conçu ce plan , qu'il travailla à le mettre à exécution. Dans ce dessein, il convoqua, pour le 21 août, tous les prédicants des Cévennes et du bas Languedoc; il avait encore invité à cette assemblée quelques laïques des plus éclairés ; il leur fit à tous une vive et émouvante peinture de l'état des choses; il leur représenta la nécessité qu'il y avait d'y apporter tous les remèdes qui étaient en leur pouvoir , qu'un des plus efficaces était le rétablissement de la discipline, qu'il fallait ce jour-là même en jeter les fondements, et que, pour cela, il convenait de commencer par nommer un modérateur et un secrétaire de l'assemblée qui les réu-
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nissait. Tous les assistants ayant accédé à cette ^ proposition , il fut à l'instant même revêtu de ces deux titres à l'unanimité des voix. On conféra ensuite la charge d'anciens aux laïques qui étaient présents , et il fut convenu qu'on en établirait dans tous les lieux où les prédicateurs seraient reçus, pour convoquer les assemblées en des lieux favorables et avec toute la prudence possible , — pour procurer des retraites aux évangélistes et leur fournir des guides sûrs.
On délibéra ensuite que , selon Tordre de saint Paul, il serait interdit- aux femmes de prêcher; que l'Ecriture-Sainte deviendrait la seule règle de la foi , et qu'en conséquence l'on rejetterait toutes les prétendues révélations qui avaient eu cours jusque-là, à cause des grands abus qu'elles avaient produits. Les règlements de cette petite assemblée, dont on répandit plusieurs copies , firent grand bruit; elle fut qualifiée du nom de synode, et suivie de plusieurs autres qui portèrent le même nom.
Celle qui lui succéda fut tenue le 21 août 4716 ; m les membres qui y assistèrent furent Antoine Court, Etienne Arnaud , Pierre Durand , Jean Crotte , et les prophètes Jean Hue et Jean Vesson ; ils formulèrent un règlement en douze articles , relatif à la célébration du culte et aux devoirs des- pasteurs.
Le troisième synode qui se réunit au désert, le 474 2 mars 1717 , s'accrut de deux nouveaux membres : de Montbonnoux, l'ami de Ravanel, qui relia à la nouvelle Eglise la théocratie camisarde; et de Pierre Carrière, dit Corteis , qui devait être