‹ Histoire de l'Église réformée de NîmesChapitre 164 sur 227 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

*S de Tordination pastorale qui avait été suspendue par la guerre des camisards.

La conspiration du prince de Cellamare , ambassadeur fidèle d'Albéroni , premier ministre de Philippe V , roi d'Espagne , qui avait pour but d'occasionner une révolution dans le royaume , revêtit Antoine Court d'une puissance morale qui parut formidable à Philippe d'Orléans. Ce prince, alarmé des intrigues du cardinal-ministre pour soulever les réformés du Midi, recourut à l'influence de Basnage , ancien pasteur de Rouen , retiré en Hollande. Ce célèbre pasteur de La Haye mit le cabinet du Palais-Royal en rapport avec Court , qui répondit à Génac de Beaulieu , émissaire du régent, qu'un soulèvement n'était pas à craindre et que la persécution, plutôt que les agents espagnols, pourrait provoquer une révolte. Satisfait de cette assurance , le gouvernement, déguisant mal les ombrages que lui causait la puissance morale du pasteur du désert , lui fit offrir , à ce que l'on assure , une pension qu'il refusa.

19 Mais si le vieillard dans l'exil témoigna dans cette circonstance une si grande confiance à Antoine Court, celui-ci, en retour, le paya de la plus entière vénération , et ne fit rien sans l'avoir préa-

sortit du royaume en 1711. Au bout de quatre ans, il rentra en France et accomplit dans le Dauphiné la réorganisation religieuse que Court opérait dans le bas Languedoc. 11 fut pendu à Grenoble en 1745.

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lablemenl consulté. Quel directeur plus éclairé et A plus prudent aurait-il pu choisir? N'était-ce pas lui qui , aux conférences de Gertruydemberg , avait présenté , de concert avec Jacques Saurin , au nom de tous les réfugiés de la Hollande, la demande de la liberté de conscience, qui fut soutenue si faiblement par les puissances du Nord et en présence de laquelle Louis XIV demeura inflexible? Aussi Court lui adressa-t-il du désert, le 21 mai 1719, après la tenue d'un synode auquel avaient assisté plus de soixante membres, un mémoire instructif sur tout ce qui se passait alors dans l'Eglise réformée de France , que Basnage trouva conforme aux règles disciplinaires qui avaient dirigé les anciens protestants dont. Dieu avait béni les soins et les courageux efforts.

Ce vénérable serviteur de Jésus-Christ mourut bientôt après septuagénaire; mais , avant de quitter ce monde , il fut chargé par le régent , qui se servit pour cela de l'intermédiaire du comte de Morville , ambassadeur de France en Hollande, d'écrire cette instruction pastorale que reçurent cette année-là toutes les Eglises du royaume, dans le but de les affermir dans la fidélité due au roi et de les préserver des intrigues étrangères.

En 1720, la peste exerça d'affreux ravages sur H le littoral de la Provence et du Languedoc. On ignore le nombre de ses victimes ; mais tout le monde sait que Belzunce , évêque de Marseille, le chevalier Rose, et les échevins Estelle et Moustier , s'immortalisèrent par le dévouement le plus héroïque dans cette terrible calamité.

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50 Les malheurs publics ne suspendirent cependant pas les persécutions religieuses. Dans la nuit du 14 au 15 janvier, en effet, dit Armand de La Chapelle (1) , sur la dénonciation d'un traître nommé Gras, deux cents hommes de la garnison de Nîmes furent détachés contre une assemblée que les protestants de cette ville et des environs tinrent dans une caverne appelée la Baume-des-Fades (la grotte des fées), située dans le torrent du'Cadereau; une cinquantaine d'hommes, de femmes et un enfant de dix ans furent arrêtés et conduits à la citadelle. On en relâcha la moitié environ; mais trois vieillards , Barnier , Villard et Boucarut furent envoyés aux galères, et dix-neuf autres personnes renfermées dans la prison royale de Montpellier (2). Trois femmes, les demoiselles Quissac et Guidesse , avec la veuve Brunet , furent arrêtées aussi , non pour avoir assisté à cette assemblée , mais parce qu'elles furent accusées d'avoir prié Dieu dans leur maison avec quelques amies : ce fut un motif suffisant pour les envoyer à la tour de Constance , où elles trouvèrent pour compagnes de captivité trois autres pauvres femmes, abandon-

(1) Pièces justificatives de son livre sur La nécessité du culte public^ i II, p. 296.

(2) Voici leurs noms tirés des pièces diplomatiques de Tambassadeur des Provinces-Unies , nommé Hop : Jean-Pierre PlanUic, André Pépin, François Laune , Claude André , Hilère Etienne et EiRne Mourgues , Claude Cabot , Antoine Mazelier, Jean Bouguerolles , Paul Espérandieu , Antoine Guérin , Pierre Salles, Pierre Defague, Bertrand Sériât, Etienne Pellet, Claude Roussel, Antoinette Gazay , Jeanne Boisseron et Olympe Peitte.

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nées de tout le inonde, en proie à la vermine, ^ couvertes de haillons , ressemblant à des squelettes, et ne respirant qu'autant qu'il le fallait pour ne pas mourir.

Les trois vieillards , pour aller au bagne de Toulon , passèrent à Nimes , au commencement d'avril , enchaînés avec des voleurs. On les y laissa la moitié d'un jour; toute la ville les visita, et les trouva remplis d'un grand courage et joyeux de porter des chaînes pour le nom de Jésus-Christ.

On espérait que les dix-neuf autres prisonniers auraient un sort plus doux ; mais cette attente fut déçue , car on ne tarda pas à leur annoncer qu'ils étaient destinés à peupler la colonie de la Nouvelle- Orléans sur les bords du Mississipi , qui était en fondation à cette époque , parce qu'elle faisait par^ tie du plan général des combinaisons du système financier de Law. -^ Une tentative faite par un protestant de naissance , nommé Depoussaye , pour faire admettre les hommes valides d'entre eux dans le régiment des gardes du régent, ayant échoué, par le mauvais vouloir du gouverneur Roquelaure et de l'intendant Bernage , ils partirent le 44 juin pour La Rochelle, où ils devaient être embarqués , après qu'un commissaire envoyé à Nîmes eut fait vendre à l'encan tout ce qui leur appartenait.

Avant de les faire sortir de la citadelle , on mit au cou de^hacun d'eux un collier de fer, auquel était soudée une anse de la même matière , d'où partait une chaîne dont le milieu traînait par terre et dont l'autre bout était fixé au collier d'un autre prisonnier. Lorsqu'ils se mirent en route , une com-

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