‹ Histoire de l'Église réformée de NîmesChapitre 165 sur 227 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

î^ pagnie de cavalerie, le sabre en main, les précéda, et une seconde d'infanterie forma Tarrière-garde. A Colombier et à Lunel, ils n'eurent pour asile qu'une étable immonde, de laquelle on ne se donna pas même la peine d'enlever la fiente des bestiaux. Là , ils ne purent se coucher qu'avec une peine extrême ; car , attachés les uns aux autres , ils durent s'entendre pour le faire tous à la fois. Le lendemain, quoique la pluie tombât par torrents, en approchant de Nîmes, ils découvrirent leurs têtes et entonnèrent en chœur un psaume de David. — Comme on les avait très-maltraités à Montpellier, puisqu'on les avait laissés sur la même paille dans une prison humide , où elle s'était bientôt pourrie , ils étaient devenus méconnaissables ; la plupart étaient enflés et avaient de la peine à se soutenir.

A leur arrivée, le major de la place donna à leurs parents et à leurs amis deux heures pour les visiter. Us les trouvèrent dans un état pitoyable ; comme ils avaient marché dans l'eau , ils étaient tout mouillés , et malgré cela on ne leur permit de changer de linge que sur le soir. Lorsqu'ils sortirent le lendemain de leur prison , pour se mettre en route pour le Pont-Saint-Esprit, les archers empêchèrent que personne n'approchât d'eux pour leur parler ou pour leur baiser la main en signe d'adieux , et ils les maltraitèrent eux-mêmes lorsqu'ils s'écartèrent du milieu du chemin pour éviter la boue. Aussi que de soupirs et de larmes n'arrachèrent pas à leurs amis un aussi indigne traitement.

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Le 22 juin ils arrivèrent à Lyon, où, après un *' repos de douze jours , ils furent incorporés à la chaîne de Bourgogne , et envoyés à Roanne , d'où ils descendirent la Loire jusqu'à Saumur. De là on les dirigea sur La Rochelle où ils ne furent rendus que le l^^* août. La prison dans laquelle on les renferma était si infecte , qu'on fut obligé de les en retirer pendant trois jours pour l'assainir.

Ils ne furent pourtant pas abandonnés par leurs coreligionnaires ; des secours abondants leur arrivèrent même des pays étrangers; le 16 septembre/ en effet, Marc Guitton, chapelain de l'ambassade hollandaise à Paris, leur envoya 500 livres; le 7 octobre il renouvela ce secours pécuniaire, et, portant plus loin sa sollicitude , il fit passer par des mains sûres 1200 livres à Nîmes pour secourir leurs familles. Claude André y avait laissé sa femme et cinq enfants fort jeunes; Antoine Mazelier avait encore sa vieille mère; celle de Pierre Espérandieu était infirme ; tous les autres étaient mariés et avaient des enfants, à l'exception de Jeanne Boisseron qui était célibataire , mais dont le père et la mère étaient vieux et estropiés. — Cette assistance généreuse trouva encore des ennemis jaloux qui essayèrent de la faire cesser ; pour cela ils accusèrent secrètement les prisonniers, auprès de l'ambassadeur des Provinces-Unies, d'avoir été pris les armes à la main; informés de cette trame aussi odieuse que révoltante, ils écrivirent aussitôt une lettre collective à ce diplomate pour se disculper; il leur fut facile de le faire, car ils avaient tous été pris à deux portées de fusil de la

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