‹ Histoire de l'Église réformée de NîmesChapitre 166 sur 227 · CHAPITRE XXI. 3S · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI. 3S

720 ville, en divers lieux, sur les grands chemins, et séparément, aussi cette noire calomnie fut sans résultat.

Mais ce qui en eut un bien fâcheux, ce fut l'état de leur santé; ils tombèrent, en effet, presque tous malades; quinze d'entre eux s'alitèrent à la fois; le hâle du jour les avait consumés; les tempêtes, les orages, les pluies, les craintes, les dangers et les alarmes avaient fait fuir bien souvent le sommeil de leurs paupières , dérangé la circulation de leur sang et affaibli leur constitution physique; ils furent attaqués par des fièvres malignes; quelques-uns tombèrent jusqu'à cinq fois en rechute après de courtes et passagères convalescences; d'autres moururent de langueur; de ce nombre furent Bernard Bériat, âgé seulement de 21 ans , et Jean-Pierre Plantier , dont la piété était exemplaire , et qui , à cause de cela , servit de père, de conseiller et de consolateur à ses malheureux compagnons. Lorsqu'il fut mort d'une fièvre lente, le procureur du roi voulut faire le procès à son cadavre cQmme relaps , mais l'intendant le fit enterrer sans scandale.

721 De vives et nombreuses sollicitations furent faites en faveur de ces victimes de l'intolérance. Antoine Reboul, beau-frère d'Antoinette Gazay, se rendit à Paris, et y fit un long séjour pour leur trouver des amis et des protecteurs; il sut intéresser à leur malheureux sort l'ambassadeur anglais Sutton , qui, après bien des déceptions et d'interminables délais, obtint que leur peine fût commuée en un bannissement en Angleterre; ils s'embar-^

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quèrent pour leur nouvelle destination , le 3 juil- ^^^^ let 1721. Dartis, chapelain de Fambassade britannique , venu exprès à La Rochelle pour préparer et hâter leur départ, les accompagna jusqu'au vaisseau , où ils furent conduits par un sergent et quatre mousquetaires , qui ne les quittèrent qu'au moment de mettre à la voile. Au rapport de Court, 4,000 personnes les accompagnèrent de leurs vœux en se pressant sur les remparts , malgré toutes les défenses qu'on avait faites , et leur crièrent : Adieu , nos chers frères , le Seigneur vous accompagne et vous donne un heureux voyage (1) !

Un événement aussi tragique par ses conséquen- 4711 ces devait , ce semble, porter la terreur dans toutes les âmes, et cependant le synode du bas Languedoc, qui se réunit en 1722, délibéra : « Que dans les villes et autres lieux où il n'y avait point d'anciens, on en établirait incessamment , et faute de ce faire , et s'il y avait un refus de la part des fidèles, ils ne . seraient pas visités par les pasteurs, ni avertis pour aller aux assemblées. » 11 fallait donc qu'un ardent amour pour le Sauveur et un besoin impérieux de le confesser devant les hommes se fussent manifestés déjà dans les consciences , pour que la menace de ne pas être avertis du lieu , du jour et de l'heure où l'Eglise s'assemblerait pour

(1 ) Ces détails , sur ces prisonniers de La Rochelle, sont puisés dans des documents inédits , conservés à La Haye , et publiés « par F. Waddington , dans le Bulletin de la Société de l'histoire du protestantisme français , 3<i année, p. 134 et suiv. Ce même Bulletin contient encore, p. 180, une complainte en prose rimée sur cet événement.

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'2 célébrer, au milieu d'un bois ou au fond d'une caverne , un culte auquel il était si dangereux d'assister, se trouvât un mobile puissant pour décider les fidèles à procéder sans délai à l'organisation de leur Eglise.

13 Le 12 janvier 1723, Louis XV fut déclaré majeur. Le cardinal Dubois mourut dans le courant de l'année , laissant l'entière direction des affaires au duc d'Orléans, qui fut bientôt enlevé lui-même par une attaque d'apoplexie. Trois personnes composèrent seulement alors le conseil du roi; ce furent le duc de Bourbon, l'évéque de Fréjus et le maréchal de Villars. Les premières lois, rendues par ce triumvirat nouveau, furent insensées et atroces. L'une d'elles concernait les réformés , et

U fut promulguée le 14? mai 1724?. Lavergne de Tressan, évêque de Nantes, en fut le rédacteur; mais le soin de donner des instructions aux intendants sur son exécution fut confié au vieux Bâville , retiré depuis six ans à Paris , qui ranima tous les secrets de sa longue expérience pour porter un nouveau coup à ses victimes de prédilection.

L'édit contenait dix-huit articles; son but, comme le porte son préambule , était d'anéantir entièrerement l'hérésie ; pour l'atteindre , il prononçait la peine de mort contre les prédicants , celle des galères perpétuelles contre les hommes, et de la réclusion à vie contre les femmes qui iraient les entendre, leur donneraient retraite, secours et

assistance , au lieu de les dénoncer aux officiers <1 du roi.

Par suite de cette monstrueuse législation , An- «l toine Court fut exposé à de vives poursuites, auxquelles il eut longtemps le bonheur d'échapper. Cependant, le 17 janvier 4725 , il faillit être pris. Il avait réuni vingt personnes dans la maison de Jalaberl à Alais , lorsque la maréchaussée l'investit, et fit tous les auditeurs prisonniers; mais par une direction particulière de la Providence , le prédicateur seul, plus actif, plus accoutumé aux surprises et aux déguisements que les autres, s'évada. Quatre des captifs. Carrière, Dussein, Gervais et Ponge, furent seuls condamnés aux galères; ils firent appel au parlement de Toulouse, qui cassa la sentence et les acquitta. Par là on comprit généralement que l'édit était inexécutable , et que le mystère du culte privé devait être respecté.

Cet événement , qui par sa nature était propre à remplir les réformés de crainte , leur donna au contraire , par ses conséquences , plus de hardiesse h que jamais. Court, s'étant assuré par ses recherches que ses coreligionnaires étaient plus nombreux dans le bas Languedoc qu'il ne l'avait cru j jusqu'alors , et Jacques Roger ayant acquis la même \ certitude dans le Dauphiné, les deux pasteurs dé- '] cidèrent de réorganiser les synodes nationaux , in- i terrompus depuis soixante-sept ans, puisque le -i dernier s'était tenu à Loudun en 1659. Ils convoquèrent cette première assemblée générale dans le Vivarais, le 46 mai 4726 ; elle ne fut composée

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