CHAPITRE XXI
^ en ces termes : « Prétendre que ma Rachel, ou que les plaisirs de Texercice dont on vous a parlé me soustraient à mes nobles fonctions , c'est en attribuer la cause à des objets qui y contribuent peu.v. Non, des choses trop importantes roulent sur mes bras , pour m'arrêter à- de vains amusements , et la connaissance que vous avez de ma conduite, jointe au journal que je vous envoie de mes voyages, sont des moyens plus que suffisants pour confondre les infidèles rapports que l'on vient de faire sur mon compte. » La lettre , en effet, dont ces lignes sont extraites, accompagnait le journal d'une tournée missionnaire qui
ras avait duré deux mois, du 4 mai au 5 juillet 1728, et durant laquelle il avait prêché trente-deux fois dans des lieux différents, situés à des distances énormes l'un de l'autre, dérangé par la pluie, arrêté par des torrents débordés , brûlé le jour par le soleil ardent du midi , et s'égarant la nuit au milieu des montagnes, quelquefois sans asile pour se reposer, sans pain pour se nourrir, mais marchant toujours , évangélisant sans cesse , visitant des malades et des mourants , résolvant des cas de conscience , baptisant des enfants , bénissant des mariages, et donnant la communion à une si grande quantité de personnes, que souvent quatre pauses d'un psaume et tout le cantique onzième étaient chantés par l'assemblée pendant l'administration de la sainte cène.
Deux de ces assemblées nombreuses et bénies eurent lieu : l'une pendant la nuit du 4 mai, dans les garrigues de Saint-Césaire , pour les Tidèles de
Milhaud et de Cavairac ; et Tautre par une pluie HJ battante, le 31 , dans celles de Dions , pour les protestants de La Calmette et de Saint-Génies.
Après ces nombreuses visites pastorales , qui *W avaient si bien fait apprécier à Court le besoin des communautés , il comprit que les études que les proposants faisaient sous sa direction étaient insuffisantes. Aussi, par Tintermédiairé de Duplan, il écrivit dans les pays- étrangers, savoir, à Londres, en Hollande , en Suisse et à Genève , pour faire rentrer les ministres qui s'y. étaient réfugiés; c'était en 1729. Ses lettres étaient des plus pressantes et contenaient les tableaux les plus propres à les émouvoir, en leur représentant des cardeurs de laine, des tailleurs d'habits, des garçons de boutique, des commis de magasin , obligés de remplir, par nécessité, l'œuvre à laquelle ils avaient été appelés eux-mêmes, ce qui vérifiait ces parc- . les de l'Evangile : « Si ceux-ci se taisent, les pierres même parleroût (1). » Mais toutes ces semonces furent inutiles; elles n'engagèrent pas même un seul pasteur à rentrer dans le royaume; c'eût été, fut-il répondu, augmenter les dangers du troupeau? La grande raison était qu'aucun d'eux ne se sentait de vocation pour le martyre , et le martyre, dans cette périlleuse mission, était comme inévitable.
(1) Luc, XIX, 40.
GBAPITRE XXI. 393
1%9 Après cela quel parti restait-il à prendre? Court n'en vit pas d'autre que d'établir un séminaire , où les jeunes gens , en qui se trouverait la bonne volonté de se consacrer au salut de leurs frères , viendraient acquérir les lumières et les connaissances nécessaires pour servir les Eglises avec fruit. Mais il fallait pour cela des secours étrangers; il les chercha en s'adressant d'abord à l'illustre William Wake, qui, avant d'avoir été promu au siège archiépiscopal de Cantorbéry, en 1716, avait demeuré à Paris comme chapelain de lord Peston , en 1682. Ce prélat anglican , touché de cette lettre , en parla au roi de la Grande-Bretagne , qui promit de s'intéresser à ces Eglises renaissantes.
Alphonse Turretin, professeur à Genève, accorda à son tour sa coopération personnelle. Des secours en argent arrivèrent d'Angleterre , et le séminaire protestant de Lausanne fut fondé sous la direction d'un comité genevois et sous la protection spéciale des princes protestants de l'Europe (1). Antoine Court
730 en devint le premier doyen, et partit en 1730 pour aller occuper ce poste honorable.
11 était nécessaire qu'il quittât au plus tôt le Languedoc, car sa tête venait d'être mise, par Bernage, au prix de 10,000 livres. Cet intendant avait déjà fait périr sur le gibet Hue et Vesson, et envoyé à l'échafaud Alexandre Boussel, d'Uzès. Ce jeune prédicant était le fils de la nourrice du
(1) Il n'a cessiî d'exister qu'en 1809, époque de la création de la Faculté de théologie de Montauban.
394 * HISTOIRE DB l'^LISE RÉFOUrtE DE NIMES.
prince de Soyon , duc d'Uzès ; sa mère , après son ^'^ arrestation , alla se jeter aux pieds du pair de • France pour le supplier de délivrer son frère de lait. Ce fut sans succès, c Pour tout autre crime , lui répondit-il, je m'emploierais pour lui, mais pour celui de la religion je ne le puis ; il est irrémissible en France. > Roussel sortit de la prison de Montpellier, qui était depuis longtemps la maison des fidèles, la corde au cou, la tête et les pieds nus, et chanta jusqu'à Téchafaud l'hymne de la miséricorde (Ps. LI).
En 1731, Pierre Corteis se trouva donc seuH73t chargé de la direction de l'Eglise de Nimes ; il entretint une correspondance suivie avec Court, qui, ayant été nommé à cette époque député général des Eglises sous la croix , à la place de Benjamin Duplan, ne cessa de leur rendre en cette qualité des services importants , soit en leur envoyant des pasteurs formés par ses soins , soit en relevant leur courage par ses exhortations , soit en réclamant des secours pour elles en Angleterre et en Hollande, soit enfin en apaisant par ses conseils les divisions qui éclataient quelquefois dans leur sein.
Le synode national , qui se tint pour la troisième fois dans le Vivarais , chargea Corteis de visiter les congrégations chrétiennes en formation pour y établir la discipline en usage dans les anciens temps. En accomplissant ce mandat, il se rendit dans le comté de Foix, mais il y fut poursuivi avec une rigueur extrême , condamné à mort par contumace et exécuté en effigie.
Mais celui qui subit cette peine capitale en réa-