CHAPITRE XXII
t4 des pouvoirs qui leur avaient été donnés , avaient rendu une sentence arbitrale qu'ils soumirent à rassemblée ; elle consistait à imposer à Boyer l'obligation de reconnaître que sa destitution était valide et légitime , avec cette condition que , moyennant cette reconnaissance , elle serait déclarée nulle , et qu'il serait honorablement réintégré dans ses fonctions (1).
Boyer, par suite de ces conventions , entra dans la salle des délibérations , accompagné des quatre pasteurs Pradel, Defferre, Redonnel et Moulines, déclara qu'il venait se soumettre au jugement qui avait été rendu par les arbitres, et que soti dessein était de l'exécuter de point en point. Cette déclaration fut suivie du chant du psaume CXXXlll et d'une prière à Dieu, pour lui rendre grâces d'avoir donné aux Eglises désunies cette paix après laquelle soupiraient depuis si longtemps tous les pasteurs et tous les fidèles.
Après avoir arrêté que le pasteur Blachon irait prêcher dans les principaux endroits du Rouergue et des basses Gévennes où régnait la division , afin de réunir les esprits et les cœurs, le synode pria Antoine Court de prononcer un discours de circonstance et de pacification dans la plaine de la Vannage. Elle devint formidable par le concours
(1 ) Le zôle de Boyer avait été capable de démentir ces bruits injurieux , car dans cet intervalle il avait été condamné à mort et exécuté en effigie, en 1736. DYilleurs, il n'avait pas la figure d*un séducteur, puisque son signalement porte qu*il avait plusieurs cicatrices au visage , surtout sous le menton, un gros bourgeon à la< joue, et quMl portait perruque {Hist. des pasteurs du désert « t. H , p. 403.
102 HISTOIRE DE l'CGUSE RfiPOUfiB DE NIMES.
extraordinaire d'auditeurs qui s'y rendirent, puis- ^'^^ que leur nombre fut évalué à dix mille. Boyer y parut revêtu de sa robe pastorale; Court le déclara réinstallé dans ses fonctions et lui tendit la main fraternelle (1). Lorsqu'il eut ainsi rendu ce signalé service à ses anciennes communautés y il leur donna sa bénédiction, embrassa ses collègues et repartit pour Lausanne.
Les fidèles de Nîmes, sous l'impression de la ^"^^ scène si émouvante qui venait de se passer sous leurs yeux , décidèrent de multiplier leurâ assemblées religieuses , et le firent aussitôt avec une témérité imprudente, puisqu'au lieu de les tenir de nuit , à la clarté de la lune , ou à la lueur des torches de résine , ils les fixèrent, non-seulement à une heure convenable de la journée, mais encore dans des endroits tellement rapprochés de la ville, que les canons de la citadelle auraient pu les atteindre , si Lenain, baron d'Asfeld, avait donné ordre d'y mettre le feu. Quoique cet intendant , nommé en 174-5 , fût d'un caractère très-dur et d'un esprit très-sévère , il entretint cependant quelques relations avec Paul Rabaut, puisqu'il le comprit dans le nombre des protestants influents qu'il consulta, en 1746, sur les succès que pourraient obtenir les
(1) Hist, des Eglises du désert, t II, p. 203. Hist. des pasteurs du désert, t. II, p. 40i. — Act des synodes du désert ^ Nîmes, 1847, p. 24.