CHAPITRE XXII
^^^ émissaires anglais, introduits dans le Languedoc, pour porter à la révolte la population protestante à la suite de l'invasion de la Provence par les Autrichiens. La réponse du pasteur nîmois , semblable à celle de Resch , avocat au parlement de Castres, fut la plus solennelle assurance que la discipline des Eglises, les règles tracées à la conscience des fidèles et le sentiment de leurs devoirs de citoyens repoussaient formellement tout soupçon qu'ils pussent jamais se lier aux Anglais contre la France.
Paul Rabaut ne se borna pas à ces assurances verbales, mais il prouva bientôt, par sa conduite, Tamour qu'il avait de l'ordre et le respect qu'il portait à la loi. Déjà un jeune confesseur de l'Evangile , Louis Rang, et un vieux patriarche des Eglises du Dauphiné , Jacques Roger , avaient subi le supplice du gibet, le premier à Die, et le second à Grenoble , lorsque arriva l'arrestation de Matthieu Majal, plus connu sous le nom de son lieu de naissance , Désubas ; il fut pris à Saint-Agrève , et dut être conduit à Montpellier pour y être jugé par l'intendant Lenain. A l'ouïe de cette nouvelle, les protestants de Nîmes, à l'instigation de ce que venaient de faire ceux de Vernoux , formèrent le complot de le délivrer des mains de son escorte lors de son passage dans la contrée ; et lorsque le moment de l'entreprendre fut venu , ils se mirent en marche dans ce but. Paul Rabaut , qui connaissait leur dessein coupable, les suivit; leur représenta que cette entreprise était une violation des lois du royaume , qu'elle était de nature à compromettre la cause protestante , qu'elle priverait Dé-
subas de la gloire du martyre , et que , par cette < W révolte illégale, ils allaient, eux, qui étaient persécutés , s'abaisser au niveau des persécuteurs. Ses paroles , empreintes à la fois de fermeté et de douceur, calmèrent l'exaltation de ses auditeurs, qui se retirèrent sans résistance. Désubas mourut à l'âge de vingt-six ans ; et pendant son procès , il se conduisit d'une manière si grave et si décente, que ses juges eux-mêmes en furent attendris.
Paul Rabaut profita de cette circonstance pour transmettre au baron d'Asfeld une déclaration de principes, dans laquelle on remarque les passages suivants, qui sont caractéristiques : « En me destinant à exercer le ministère dans ce royaume, je n'ai pas ignoré à quoi je m'exposais ; aussi je me suis regardé comme une victime dévouée à la mort; aucune considération humaine n'aurait été capable de me faire prendre un tel parti... J'ai cru faire le plus grand bien dont je suis capable, en me vouant à l'état de pasteur. L'ignorance est la mort de Tàme et la source d'une infinité de crimes. Les protestants étant privés du libre exercice de leur religion , ne croyant pas pouvoir assister aux exercices de la religion romaine , ne pouvant avoir les livres dont ils auraient besoin pour s'instruire, jugez, monseigneur, quel pourrait être leur état s'ils étaient absolument privés de pasteurs. Ils ignoreraient leurs devoirs les plus essentiels; ils tomberaient , ou dans le fanatisme , source féconde d'extravagance et de désordres, ou dans l'indifférence et le mépris de toute religion... Votre grandeur n'ignore pas que le ministère des pasteurs a