CHAPITRE XXII
^50 envoyées à la tour de Constance, et trente-huit autres retenues dans la citadelle de Nîmes pendant six mois. De plus , sept protestants , pris , le 20 décembre , à l'issue d'un service célébré par Paul Rabaut, près le Mas-de-Ponge, furent envoyés, les uns aux galères, les autres à Aigues-Mortes.
Malgré ces poursuites et ces condamnations , on continua cependant à tenir des assemblées aussi souvent que cela fut possible , parce que les pasteurs étaient convaincus qu'en elles résidait le seul moyen eiTicace d'entretenir la religion , de propager la foi , et qu'y renoncer aurait été évidemment laisser perdre l'Eglise sur les débris de ses temples brûlés et démolis; mais on décida alors de se réunir en aussi grand nombre que chaque localité le comportait, toutefois sans ostentation et sans armes , et de s'offrir tous ensemtje aux commandants de la force publique , quand on serait surpris par eux, au lieu de leur laisser, comme auparavant, choisir leurs prisonniers au milieu de la multitude, donnant pour raison que les uns étaient aussi coupables que les autres. Cet expédient avait pour but de rendre les arrestations impossibles. En outre , pour faire devenir les surprises plus rares , il fut prescrit de ne jamais convoquer les réunions publiques deux fois de suite dans le même endroit et à la même heure , et surtout de ne jamais les tenir de nuit. Ces résolutions furent prises , en 4754 , par les sept pasteurs de la province : Paul Rabaut, Simon Gibert, Jean Pradel, Pierre Redonnel, Louis Fayet, Pierre Encontre et André Bastide, réunis avec quatorze anciens en synode provincial.
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Celte année-là Lenain fut remplacé, dans l'inten- ♦'^ dance du Languedoc , par le chevalier Guignard de Saint-Priest , appartenant à la même famille dauphinoise que le ministre de Saint-Priest^ qui se rendit jtlus tard si illustre par la constance de son attachement à la cause de Louis XVL II ouvrit son administration par l'ordonnance du renouvellement général des baptêmes faits au désert , selon le rit de l'Eglise romaine ; d'énormes amendes furent infligées à ceux qui demeurèrent sourds à ses com- • mandements; de ce nombre furent quatre notables habitants de Nîmes : Maigre , Rey , Valz et David , à qui leur conscience ue permit pas de s'y soumettre.
Ces mesures rigoureuses trouvèrent partout la même résistance; aussi les tours de Ferrières , le fort de Brescou et le château d'If regorgèrent de prisonniers; la dragonnade fut de nouveau orçanisée , et la désolation des familles recommença. Une foule de religionnaires émigrèrent; il en arriva plus de six cents dans le canton de Berne. Cette troupe bientôt grossie descendit le Rhin jusqu'à Rotterdam , et après y avoir été généreusement secourue par les Eglises wallonnes , elle alla se réfugier en Irlande, où les soins du gouvernement britannique, de quelques prélats et d'une multitude de particuliers lui avaient préparé des établissements. A la suite de cette émigration, plusieurs villages réduits au désespoir se révoltèrent, et quelques actes de vengeance suivirent leur insurrection. Ainsi, Lefèvre, l'agent le plus actif de ceux qui conduisaient les détachements à la recherche des
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7S2 assemblées, fut trouvé mort chez lui, percé de coups de couteau par des mains inconnues. De plus, en 1752, les curés de Ners et de Quillan reçurent à leur tour des blessures mortelles. Ces collisions sanglantes, les seules qui fussent arrivées depuis la guerre des camisards , épouvantèrent de Saint- Priest, qui, ppur les faire cesser, eut recours à des moyens de conciliation. Dans ce but, il s'adressa à Paul Rabaut , qui , sur son invitation , employa l'influence de son ministère à calmer les esprits et à les faire rentrer dans l'obéissance. L'autorité militaire s'arrêta, de son côté, dans les poursuites rigoureuses qu'elle avait commencées partout , et l'ordre fut rétabli.
A cette époque, Pierre Corteis, brisé par la fatigue et en proie à des infirmités graves par suite de son âge avancé, demanda au synode du bas Languedoc, réuni le 18 août, l'autorisation de se retirer de l'Eglise pour aller prendre du repos dans le Wurtemberg, où sa femme s'était expatriée depuis 1719, Voici le beau certificat qu'il en obtint : « L'assemblée, édifiée de plus en plus de la doctrine de Pierre Corteis, de son zèle infatigable et de la sainteté de ses mœurs , après lui avoir témoigné le vif regret de se voir à la veille d'être privée d'un si digne pasteur, lui accorde sa juste demande avec d'autant plus de raison , qu'il a été exposé, et l'est encore, à la plus violente persécution , et aux périls les plus imminents de la part des ennemis de la
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vérité; car, outre les dangers ordinaires annexés ^^^ au ministère sous la croix , il a été pendu deux fois en effigie, comme appert par les jugements rendus par les intendants de Montpellier et d'Auch ; poursuivi plusieurs fois par des détachements de dragons, et recherché par des particuliers mal intentionnés , ce qui le met dans la ijécessité indispensable de se réfugier dans un pays de liberté ; sur ces fondements, nous prions Dieu de le combler de ses grâces les plus précieuses, et de le couvrir de sa divine protection partout où sa providence le conduira. »
Ce synode ayant décidé qu'il serait adressé une nouvelle requête au roi , au nom de tous les pro^testants du royaume , Paul Rabaut traça rapidement le tableau de leur situation malheureuse, et pour s'assurer que ce placet ne se perdrait pas comme tant d'autres avant d'arriver jusqu'au monarque , il résolut de le remettre lui-même à son ministre , le marquis Voyer-d'Argenson-de-Paulmy, qui se trouvait à Nîmes, chargé de faire l'inspection de tous les établissements militaires situés ^ur les lignes du Rhône et du Var. Connaissant les dispositions bienveillantes de ce grand homme d'Etat qui , avec Machault , étaient les membres les plus capables du conseil, il alla l'attendre seul, le 19 septembre, sur le chemin de Montpellier, s'approcha de sa voiture avec une contenance respectueuse , déclina son nom , sa qualité , le but de son message , et lui présenta l'écrit qu'il tenait à la main... Le général, dont les pouvoirs militaires étaient immenses, et qui aurait pu le faire arrêter
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3^5^ par son escorte pour l'envoyer à la potence... touché de son courage et de sa confiance en sa loyauté de soldat, se découvrit devant lui, accepta le mémoire, et promit de le remettre lui-même au roi. Il tint religieusement parole, et dès ce moment les poursuites contre les réformés commencèrent à perdre dans tout le royaume de leur consistance et de leur sévérité. — De telle sorte que Tannée qui avait commencé par la condamnation à mort des ministres François Bénézet et Molines, dit Fléchier (1) , finit par une trêve, parce que le maréchal de Richelieu , qui vint présider les Etats-Généraux , mit un terme aux excès des logements militaires , diminua de beaucoup la sortie des détachements, et laissa quelque temps les pasteurs exercer paisiblement leur ministère.
Mais, par une secrète influence de l'esprit de ténèbres, tout faillit bientôt se brouiller de nouveau. Le duc de Richelieu , qui avait témoigné une bonne volonté pour les protestants, retournait à Paris après la session des Etats , lorsque, arrivé à Avignon , on lui dit que les habitants de la Gardonnenque s'étaient attroupés en armes ; le fait était faux , mais il n'en contribua pas moins à le mettre dans une terrible colère , par suite de laquelle il
(1) François Bénézet, de Montpellier, avait vingt-six ans lorsqu'il mourut sur le gibet, le 27 mai 1752, laissant un jeune enfant et sa femme enceinte ; sa fin fut des plus édifiantes. Molines, dit Fléchier, au contraire, ne put supporter la vue de Téchafaud et feiguit d*abjurer Après Tavoir placé dans le séminaire de Viviers, on le relâcha 11 émigra, et le consistoire d*Âmslerdam accueillit Tapostat, le réconcilia avec TEglise et lui fit une pension. Il vécut accablé de regrets et de remords.
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ordonna qu'on plaçât des garnisons partout et qu'on 478 activât le jugement du ministre Coste , compromis dans l'affaire de Ledignan , où deux curés avaient été tués; la sénéchaussée de Nîmes le condamna à être roué vif, brûlé, et les cendres jetées au vent. Mais il quitta la France , et sç retira en Angleterre après avoir échappé à toutes les recherches.
Après son dépaft, il s'écoula une année entière, 478 pendant laquelle une tolérance inusitée fut tacitement accordée aux Eglises ; aussi celle de Nîmes en profita pour prendre des dispositions intérieures, concernant l'amélioration de la discipline et du culte ; elles sont contenues dans les délibérations de son consistoire du 24 février jusqu'au 17 décembre 4753, et stipulent en particulier les réparations publiques que devaient accomplir, pour participer à la sainte cène , ceux qui avaient fait bénir leurs mariages ou baptiser leurs enfants dans l'Eglise romaine.
Quand le duc de Richelieu revint de Paris pour 471 les Etats de 1754, il troubla la sécurité générale par les instructions qu'il donna, 1^ 16 février, à tous les commandants de place, qui firent revivre les mesures les plus arbitraires , mises auparavant * en vigueur contre les assemblées religieuses , les ministres et les prisonniers. Les protestants de Nîmes en furent intimidés , au point que cinquante à soixante personnes au plus osèrent se rendre à deux réunions de prières convoquées successivement par Paul Rabaut, à cause de la crainte qu'inspiraient les soldats, qui avaient reçu l'ordre de les surveiller rigoureusement et de les poursuivre sans