CHAPITRE XXII
"755 pluie , deux obstacles incessants qui rendaient les saintes assemblées fort irrégulières, et qui forçaient le pasteur à tenir journellement des sociétés privées.
Lorsque les idées philosophiques du dix-huitième siècle commencèrent à sortir des livres . pour descendre sur le terrain des faits, le prince Louis Bourbon de Conti , chef de la branche cadette des Condé , se montra un chaud défenseur des Eglises persécutées , et leur fît concevoir par cela même Tespérance d'avoir acquis un protecteur du sang royal. Dans une correspondance secrète , ce prince manifesta le désir de connaître Paul Rabaut qui , sur ses instances , partit pour Paris le 18 juillet, accompagné de son parent et ami Béchard, qui devait lui servir de guide dans cette capitale qu'il n'avait jamais visitée. Mais une mort subite, l'ayant privé à l'improviste de ce précieux compagnon de voyage , il se trouva si isolé dans cette ville immense , qu'il lui fallut une grande fermeté d'âme pour ne pas se livrer au découragement. Il lutta pourtant avec succès contre sa timidité naturelle, résultat de sa vie nomade dans le désert, et se présenta seul devant le prince, qui se trouvait dans son château de l'Isle-Adam. Dans un projet de pacification qu'ils débattirent ensemble, Rabaut voulut y faire admettre les points suivants : que les galériens, les prisonniers et les enfants enlevés obtiendraient leur liberté immé-
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diate ; que les baptêmes et les mariages du désert ^"^^ seraient validés après leur enregistrement légal ; que rexercice public du culte serait permis hors des villes et des bourgs ; enfin , que les réformés auraient le droit de vendre leurs propriétés territoriales, et que les réfugiés pourraient rentrer sans être inquiétés sous aucun prétexte.
Ces négociations officieuses n'eurent aucun résultat positif, si ce n'est qu'elles furent la cause que Paul Rabaut reçut plus tard des marques particulières de l'estime que le prince lui avait accordée , puisque ce fut par son intermédiaire que le duc de Mirepoix , qui succéda au duc d§ Richelieu comme gouverneur du Languedoc, donna des ordres pour que Madeleine Gaidan et sa mère ne fussent plus inquiétées. Mais ce fut tout ce qu'on put obtenir de lui , car, malgré les instances de sa femme, qui était une personne tolérante et distinguée , il n'en exigea pas moins l'exil volontaire de Rabaut, en lui faisant représenter que son obstination l'obligerait à ne pas différer le jugement des prisonniers et par conséquent leur punition rigoureuse, au lieu que son obéissance mettrait un terme aux poursuites et aux condamnations. Ces raisons, toutes adroites qu'elles étaient, ne le séduisirent cependant pas, parce qu'il les prit, comme elles l'étaient effectivement, pour des encouragements fallacieux. 4751
Les assemblées religieuses continuèrent donc à être poursuivies; dans celle qui se tint le l^r janvier 1756, plusieurs citoyens marquants de la ville furent faits prisonniers ; dans leur nombre se trouvèrent Honoré Turge et Jean Fabre. Çç dernier,