‹ Histoire de l'Église réformée de NîmesChapitre 179 sur 227 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

S6 qui était âgé de soixante-dix-huit ans, avait un fils, jeune et vigoureux , qui, lors de la capture de son père , avait trouvé le salut dans la fuite ; mais , se repentant bientôt de sa lâcheté , il retourna sur ses pas , se présenta hardiment au commandant de la troupe, le supplia, le conjura avec larmes de le prendre pour rançon du vieillard octogénaire , ce qu'il obtint non sans une longue et vive résistance.

Ce trait de dévouement filial n'eut pas le pouvoir de fléchir à son égard la rigueur du duc de Mirepoix, qui offrit seulement de rendre la liberté au prisonnier à condition que Paul Rabaut quitterait le royaume; mais « de très-fortes raisons » l'ayant empêché d'y consentir, Jean Fabre fut conduit au bagne de Toulon , revêtu de la livrée du crime et confondu avec les plus vils scélérats.

Son histoire fit grand bruit à la cour , et servit de sujet au drame de V Honnête criminel , que tout le monde voulut lire. Cette production littéraire , malgré le philosophisme de ses idées et l'enflure de son style , servit à faire plaindre les protestants et à rendre le gouverneur du Languedoc plus circonspect; il porta la condescendance dans cette occasion jusqu'à accorder une entrevue à Paul Rabaut, auquel il dit : « Si vous aviez pourtant voulu quitter le royaume, l'on aurait mis en liberté ce prisonnier à qui tant de personnes s'intéressent. » Rabaut lui répondit : « La persécution enfante aussi le fanatisme dans les persécutés ; si les pasteurs instruits abandonnent leurs troupeaux , il en naîtra de fanatiques , et le gouvernement ne doit pas le

désirer ; ron accusera les persécutés , tandis que ^ les persécuteurs seront seuls coupables. »

Cette année-là sept proposants arrivèrent de Lausanne avec des certificats honorables , constatant qu'ils avaient satisfait à toutes les épreuves exigées par la discipline. Ils se nommaient Pierre et François Saussine , Pierre Alègre , Jean-Pierre Lafont , Paul Vincent, Jean Guizot et Pierre Mathieu ; ils furent présentés au cinquième synode national, qui tint ses séances du 4 au 10 du mois de mai , qui leur assigna des Eglises après avoir pris des mesures pour leur consécration.

Cette cérémonie fut fixée, pour trois d'entre eux, au 8 août, sur les bords du Gardon , entre Dions et Saint-Ch aptes; Paul Rabaut devait officier. La solennité de l'action y avait attiré une quantité si prodigieuse d'auditeurs , qu'à huit heures du matin il s'y était rendu de dix à douze mille personnes; le culte avait déjà commencé par le chant du psaume G qui précédait toujours la montée du pasteur en chaire , lorsque quinze à dix-huit soldats du régiment de Brissac se présentèrent à l'improviste , et couchèrent en joue les assistants , qui , se trouvant sans armes, prirent tumultueusement la fuite au milieu des cris déchirants que poussèrent les femmes et les enfants. Si ces militaires avaient été capables de compassion, ils se seraient contentés d'avoir occasionné cette terreur panique ; mais 1 comme ils voulaient répandre du sang, ils tirèrent à bout portant douze à quinze coups de fusil , qui tuèrent quelques personnes et en blessèrent plu- . sieurs autres. Quand la terre fut ainsi couverte de

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